Nicole Caligaris | nous, perdus à nous-mêmes

entretiens pour "écrire la ville", suite


Pour cette deuxième journée d’entretiens vidéos au 18ème étage de la BNF (une partie des premières est en ligne dans écrire la ville/rencontres), la journée commençait avec Nicole Caligaris, que je lis depuis longtemps mais à peine on s’était croisés ici ou là.

Pour partir à la rencontre de Nicole Caligaris, il y a son site Point N. Il y a le dossier récent du Matricule des Anges, il y a aussi – croisement, compagnonnage (merci notamment à Guénaël Boutouillet et Patrick Châtelier), accueil de matériaux d’écriture, le dossier remue.net.

Pour entrer dans cet univers d’exigence, très âpre, où la question du corps n’est jamais séparée des enjeux sociétaux, et de notre responsabilité dans et devant le présent, on peut partir de son plus récent livre : Les Hommes signes, à partir des Otages de Fautrier. La littérature qui s’invente ne peut plus le faire dans les cadres préalablement assignés. Ce qui n’empêche pas l’implication solide des Verticales.

Pour préparer l’entretien, j’avais voulu me situer en amont, côté fabrique, l’intention, la démarche. en partant d’une drôle d’histoire de chaussures dans le camp d’Auschwitz, à partir de laquelle on croise Primo Levi, le mythe de Sisyphe, Albert Camus ou Roger Caillois, et bien sûr Hannah Arendt.

J’avais préparé les phrases ci-dessous, et mis entre parenthèses quelques mots : on aurait fait comme un glossaire.... Évidemment c’est tout autre chose qui s’est passé, rendez-vous à la mise en ligne de l’entretien.

FB

Remerciement particulier aussi à Nicole Caligaris et Eric Pessan pour la belle démarche initiée avec Il me sera difficile de venir te voir, correspondance littéraire.

Photos : « écrire la ville », atelier en ligne, vue depuis le 18ème étage BNF.

 


Nicole Caligaris | nous, perdus à nous-mêmes

 

C’est ainsi que nous allons, nous les Nouveaux, tâtonnants et pressés, questionnant le monde du bout métal de notre canne blanche, sans question sur nous-mêmes.

 

que peut la littérature, sinon se tourner vers nos pères et porter d’eux à nous certaines questions pour qu’elles ne se referment pas ?
(peut, nous, questions, pères)

 

si l’homme est capable d’action, c’est qu’il est en mesure d’accomplir ce qui est infiniment improbable
(action, accomplir, improbable, Harendt)

 

l’effort de pousser notre humanité vers la domination de notre condition
(condition, humanité)

 

et nous, hommes de parole, qui sommes-nous ?
(parole, sommes-nous)

 

nous sommes des vifs, des valides, des ondoyants, des rôles endossés en fonction des circonstances et qui ne nous vont pas sans effort
(rôles, effort)

 

transformer la réalité des choses par la façon de les nommer, en éclairer ou en estomper les contours et les liens, pratiquer toute une panoplie de masques pour parler en des noms différents et détacher la parole de sa fonction essentielle d’exprimer qui parle
(masques, réalité, exprimer qui parle)

 

soi poussé dans le vide
(écrire ?)

 

évidemment, la littérature n’a que des questions déplacées – celle de l’intention, dans le règne du fer et du résultat seul – nous travaillons, nous souffrons – quelle est notre ambition d’homme ?
(déplacées, ambition)

 

nous existons soumis au réel sous forme d’horaires, de tâches obligatoires, de silences gardés, d’argent à gagner, à dépenser, à gagner… notre vie prend le chemin du cercle, notre vie prend le poids d’une masse qu’on pousse – notre fatigue…
(cercle, mythe, soumis, réel)

 

nous soulevons personnellement notre poids de société et nous avons à rendre compte de notre foi dans cet effort
(société)

 

de cette privation du temps, naît la répétition incessante d’une conscience interdite de distance, interdite du décollement de ce qu’elle fut
(temps, conscience, distance)

 

nous, perdus à nous-mêmes
(perdu)

 

cut-up à partir de les chaussures, le drapeau, les putains, © éditions Verticales, 2003

LES MOTS-CLÉS :

responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 31 janvier 2009
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