annonces concernant la culture

et la création d’un musée de l’histoire de France vue par ses habitants mêmes


Un musée de l’histoire de France, voilà l’annonce faite ce matin. Mais surtout cette idée très neuve, qui vaudra pour la suite des jours et des temps, musée que chacun était invité à prolonger, et voilà qui donnait toute une perspective à la reconversion des villes.

Pendant plusieurs années, on a voulu sauver. Anciennes usines, maisons où avait vécu telle personnalité locale ou nationale, écrivain ou collectionneur (de tableaux, de voitures), vieux couvents restés vides si longtemps, mais aussi ces grandes constructions faites autrefois pour la justice, pour l’armée et son matériel (on avait des fait des musées du char, des musées de la marine, des musées du vêtement militaire, de la vie de caserne au XXème siècle), tout était devenu musée : ce qui posait deux problèmes, celui du public, celui de l’entretien.

On l’avait vu pour les théâtres : quels cris, à chaque fois qu’on avait dit que tel théâtre, où malgré les subventions les salles restaient vides, ne justifiaient pas forcément le maintien de l’équipement. Depuis si longtemps ils s’étaient clos sur eux-mêmes, se jouant leurs pièces aux uns aux autres. On avait fini par garder des théâtres vides, avec des reconstitutions en relief des pièces jouées, des expositions dans les couloirs, le hall, les loges.

Pour les usines, on les convertissait en lieux dits culturels : cela se prêtait si bien à la même chose, performances, installations, projections, salles de répétition en vue de création future. Mais les usines fermaient plus vite qu’on ne pouvait multiplier ces transformations.

Le mouvement s’était amplifié, on l’avait appelé le tertiaire de la culture, parce que maintenant c’étaient principalement d’anciens bâtiments de service, de bureaux, qu’il fallait réemployer. Pour chaque mutation administrative vers le numérique, combien de fenêtres s’éteignaient ? Et les nouveaux bâtiments de gestion, en bord des villes, avec parking, salles de musculation et de détente, parkings aménagés, calme et lumière, chaîne du froid pour la cantine, étaient bien plus rationnels, encombraient moins la vieille surface de la terre. Construire était essentiel, avait-on prétendu longtemps : tout le monde y trouvait son compte.

Alors démolir, installer des parcs, des espaces verts ? On ne faisait plus que marcher au long des arbres, dans les vieux centre-villes. Installer des espaces commerciaux ? Ils fermaient eux aussi. Des musées ? On en avait pour la faïence, l’horlogerie, les bonbonnières, l’histoire naturelle. Pour éduquer, mieux valait quand même apprendre à considérer le présent.

On avait eu cette idée : l’important, c’était la trace. Ces journaux personnels sur Internet, ces pages avec votre photo et vos recettes de cuisine pendant la grande mode des réseaux sociaux, avaient induit cette belle idée : remettre à la collectivité ce qui, de fait, lui appartenait. Et pas de ces écrans qui ne conservaient rien, maintenant que même les morts on les brûlait (où les aurait-on mis, sinon : tout Michaux tenait dans une urne – je sais, je l’ai tenue). Non, une simple et belle vitrine, et quiconque était citoyen de la ville pouvait solliciter la sienne : la place ne manquait pas.

Quoi y placer ? Mais ce que vous voulez : simplement, ce que vous voulez. On vous attribuait un espace non virtuel, occupez-le comme vous occupiez, au temps de la mode virtuelle, ces espaces qu’on disait personnels. Objets, si vous voulez. Textes ou musique, si vous voulez. Photographies choisies, ou un seul autoportrait : si vous voulez.

On venait s’y promener le dimanche. Certaines vitrines étaient très gaies, on restait amuseur pour l’éternité. On avait conscience d’avoir inventé bien mieux que les anciens musées, qu’on fermait maintenant comme on avait fermé les bibliothèques, les théâtres : la vie de tous les jours, et bien mieux qu’un buste d’empereur romain, ce qui était le symbole de vous-même à jamais. Les villes étaient devenues – enfin – notre mémoire.

(Je vous redonne le code d’accès de ma vitrine, entrer sur les bornes à disposition public C224-A42B-F355G.)


responsable publication François Bon, carnets perso © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne 13 janvier 2009 et dernière modification le 20 novembre 2016
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