Fnac et téléchargement, suite

réflexions sur le livre et le numérique, prolongements


je ne voulais pas être méchant
Historique, rapide : Comment j’ai téléchargé mon propre livre à la Fnac c’est pas loin, ça remonte à samedi 25 octobre, et ce billet ne cesse d’être appelé par Google, ou par liens interposés, et ça prend des proportions que je n’aurais pas imaginées : presque pareil que lorsque, en juillet d’il y a 1 an, énervé par le consensus autour de l’attente du Harry Potter, j’avais fait un copier/coller du Temps retrouvé en annonçant que tiers livre dévoilait la fin du livre...

Alors moi, pouce... La Fnac [1] c’est important. Mon livre sur Led Zep, chez eux, il est en bonne place, et je les en remercie. C’est d’une autre importance que le chemin de piste qu’il faut se frayer dans leurs magasins pour trouver où est le petit panneau Sony PRS-R05 (avec les mp3 !). Donc, je récapitule :

 

la première question posée concerne les possesseurs de Mac :
- il n’est nulle part annoncé sur le site de téléchargement Fnac, à moins d’en arriver aux FAQ parce qu’on s’est planté, que le téléchargement est réservé aux utilisateurs Windows – alors si nous, utilisateurs, on s’estime lésés, ce ne serait pas plus simple de rectifier ?
- mais ceci, alors que nous sommes très nombreux à utiliser la Sony depuis un Mac... Voir mes premiers tests Sony en juillet. D’autre part, c’est pour cela que j’ai inséré dans mon billet les expériences menées avec les chercheurs Sony : c’est un terrain passionnant, et bien sûr la Fnac en est comme le bras armé.
- d’ailleurs, où je les achète, mes Mac ? Depuis 1993, à la FNAC (je dois en être à mon huitième, dixième, sans compter ceux de la famille ?). Où est-ce que j’achète mon imprimante tous les 2 ans, mon appareil-photo tous les 2 ans : à la Fnac. Pendant certaine période, le Mac était has been à la Fnac, depuis 2 ans ce n’est plus le cas, espaces Mac en plein milieu de l’espace informatique : si les utilisateurs Mac sont pris au sérieux, ils doivent l’être aussi pour le téléchargement des textes J’oserais même signaler que, dans ce centre de recherches Sony dont j’ai parlé, on trouve plus de Mac que de VAIO ! – pas d’incompatibilité entre la Sony et le Mac, et la réponse Numilog [2] : C’est marqué sur la boîte... est totalement non pertinente.
- de proposer un livre numérique mais le réserver à une gamme d’appareil (Windows) et non pas au Mac et aux Linux est un anachronisme.

 

la deuxième question posée concerne le format de texte proposé :
- la Fnac a choisi de proposer les textes en téléchargement uniquement au format Adobe Digital Editions. Là, la balle est dans le camp d’Adobe Digital Editions, et Adobe, comme la Fnac pour le hardware, pour un webmaster dans mon genre, c’est le 1er poste budget, et lourd budget : mais publie.net ne pourrait pas tourner sans Acrobat Pro, Dreamweaver, des polices sous licence etc. Or, Digital Editions, qui a concentré toute sa recherche sur les drm (codes anti-copie ultra perfectionnés... mais sous Windows !) est incapable de la moindre typographie, à commencer par la justification de fin de ligne, ce qui rend les textes longs quasi illisibles. Alors que le format choisi, epub, s’affiche parfaitement bien sur d’autres logiciels, comme Stanza.
- le PRS-505 de Sony dispose d’un autre format propriétaire, le LRF, lui aussi capable de gérer des codes anti-copie. Si les textes téléchargés visent d’abord les utilisateurs de la Sony, pourquoi ne pas proposer le texte dans les 2 formats ?

 

un contexte global plein de questions
Dans un domaine aussi complexe et mouvant, en tant qu’auteur, j’estime important de relier l’initiative de la Fnac à des discussions en cours sur Internet, et qui nous concernent sur le fond :
- celle du prix du livre numérique, alors qu’on nous a toujours dit, depuis des lustres, que dans le prix du livre plus d’un tiers était uniquement le coût matériel de la diffusion – personne pour dire que le prix de revient du texte numérique est l’égal du prix de revient papier, on nous dit seulement : « Gardons les 2 prix dans une fourchette serrée pour ne pas mettre en danger l’équilibre industriel qui va de la diffusion au libraire » (Fnac compris évidemment).
- à quoi nous opposons une réflexion parallèle, mais que nous souhaiterions incitative pour l’ensemble des partenaires : la chance du numérique et du livre ensemble, c’est de considérer le droit pour le lecteur d’acquérir le livre pour ses usages multiples – je peux le lire chez moi sur papier, prolonger la lecture en allant au boulot sur mon téléphone portable, et le retrouver dans mes prochaines vacances parce que je l’ai sur ma liseuse – d’autre part, et cela ouvre aux éditeurs et au libraire un marché considérable, celui de la lecture publique via les bibliothèques et leur budget d’acquisition numérique, le dossier numérique pourrait consister non pas en la version numérique de l’ouvrage, mais dans un ensemble de compléments, où l’auteur retrouverait sa place.
- et quand bien même ça ne nous fait pas que des amis, redire que cette idée d’une coopérative d’auteurs, que nous avons nommée publie.net, où le prix de téléchargement est partagé 50/50 entre l’auteur et la structure, mais dont l’interface informatique permet qu’elle soit implémentée sur un site de libraire, ou de grande enseigne, nous la défendrons comme le laboratoire qu’elle est, parce que l’enjeu pour nous n’est pas seulement de transposer l’univers des livres dans l’univers du numérique, mais d’apprendre à écrire numérique, d’expérimenter ce en quoi les nouveaux supports ouvrent de nouvelles pratiques, de nouveaux récits.

Alors bien sûr, depuis une semaine, ça écluse, les mails gentils. Me voilà vendu à Sony, parce que j’apprécie cette machine, que je m’en sers quand je fais des performances ou des conférences, plus besoin de tourner les pages, je m’en sers quand je donne un cours, je m’en sers pour lire hors ligne des articles, des textes d’amis etc. Pourquoi je ne parlerai pas de ce que cet usage au quotidien bouleverse un équilibre de vie, là où l’ordinateur coexistait d’autre façon avec les rayons de la bibliothèque et les chemises de papier ?

Et c’est joyeusement paradoxal, puisque mon dernier achat Fnac c’est un iTouch (vous voyez la Fnac, on vous aime, ne soyez pas rancunier !), et que c’est encore un nouveau monde que je découvre, entre les applications pour lire les textes édités par publie.net (en epub, via Stanza, en pdf pour la lecture directe ?), et surtout l’idée que de tels appareils – ça ne concerne pas que l’iPhone / iTouch, mais la totalité du monde téléphonique, peut là aussi développer de nouveaux usages pour s’informer, découvrir, où nous, littérature, avons la chance d’implanter de nouveaux récits, de nouvelles fictions ? Voir mon ouvert la nuit, et c’est un enjeu considérable.

 

les blogs ça s’écoute (et même (ou devrait) : ça se soutient)
Alors, ce que je maintiens :
- 1, j’étais très fier, il y a 2 mois, de constater que mon Bob Dylan une biographie figurait au premier plan de la publicité Fnac pour son nouveau service de téléchargement ;
- 2, j’aurais eu grand plaisir, en amont, si j’avais été sollicité, à étudier pour cette édition numérique la possibilité d’inclure à côté ou dans le texte (pour l’édition de poche des Rolling Stones, j’avais rédigé une postface inédite) des matériaux spécifiques, cahier d’images, documents supplémentaires ;
- 3, les utilisateurs du Sony PRS-505 trouvent leur compte à cet appareil même sans téléchargement payant, voir ci-dessous l’article de Florence Trocmé, voir mon propre bilan Quoi lire sur sa Sony ;
- 5, qui consacre 200 euros (New York), 240 euros (Londres), 299 euros (Fnac) à l’achat d’un terminal dédié à la lecture : les consommateurs de littérature populaire à fort tirage, ou les pratiquants du texte à haute dose, lecture spécialisée, enseignement, pratiques professionnelles du texte ? - poser la question c’est y répondre, mais il ne semble pas que du côté de l’offre on s’en soit rendu compte ;
- 4, ce qui est en question désormais, c’est d’une mise en cause généralisée, globale, de la totalité de nos usages liés à la littérature : pas seulement sa consultation, mais tout ce qui relève de l’écriture, sa posture, ses outils, et, encore plus au fond, son rôle même, ou ce qui la fonde, mise en réflexion du langage par rapport à la totalité de nos pratiques du monde, quand ces pratiques, informations, savoirs, images, loisirs, est investi par le numérique.

Alors marchons ensemble, non ? Et bien savoir que c’est plutôt magnifique de découvrir que nos petits blogs, dont il n’est jamais fait mention dans la presse traditionnelle, et qui semblent une sorte de tabou méchant pour ce qu’on nommait chaine du livre, alors même qu’on sait que plus de 40% des gens qui achètent un livre (ou un matériel) se sont préalablement renseignés sur Internet avant l’acte d’achat, nos petits blogs ça ne compte pas pour du beurre.

Axiome que je n’ai pas inventé, et de loin : ce qui concerne Internet se pense sur Internet. S’il est question des usages numériques, des matériels numériques, c’est chez nous que ça se passe.

 

publie.net aussi se fait remarquer
Ainsi, retour au télégramme d’hier, dans les blogs boussoles qu’on suit tous, depuis longtemps celui de Jean-Michel Salaün, qui accueille aussi les travaux de fonds de ses étudiants. Ainsi (et merci pour la place donnée à publie.net), ce billet d’Eric Legendre à propos de Kindle aboutissement ou balbutiement. Ajoutons le billet que Florence Trocmé (poezibao) vient de publie sur ActuaLitté : 3 mois que j’ai acquis le Sony Reader [3] Intéressantes (et dubitatives) réflexions de Laurent Margantin, qui a confié 2 textes à l’expérience M@nuscrits de Léo Scheer. Publie.net cité aussi chez Armand Dupuy et dans marche romane, tout ça contribue aux bonnes forces !



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écrit ou proposé par François Bon _ licence Creative Commons BY-NC-SA (pas de © )
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 novembre 2008
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[1Ça fait curieux, le petit blog fourmi d’un côté, le géant de la diffusion culturelle de l’autre, mais Internet brasse les cartes comme ça, on n’y peut rien – désolé de m’être fait remarquer. Je parlais juste pour moi : avoir téléchargé un texte (le mien, en plus, et qu’est-ce que j’étais fier) 18 euros, pour le découvrir sans justif de fin de ligne et impossible à transférer sur ma propre Sony...

[2Dans les commentaires du premier billet, merci Guillaume, au nom de leur prestataire Numilog, de m’avoir proposé recours à leur service après-vente, mais ce n’est pas de ça du tout qu’il s’agit... Est-ce que la Fnac avait compris que Numilog leur proposait le boulot moitié fait ?

[3Mais pourquoi c’est une photo de MA Sony par quoi ActuaLitté illustre l’article et non pas celle de Florence ?!




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