l’écran, le livre, l’argent

digression sur l’empilement horizontal des livres derrière soi, et de la fin des haricots


Ecriture de samedi gris. Toujours eu ça, depuis les 15 ou 17 ans, les matins après-midis à rien faire que ça, écrire et tant pis. Sans savoir où ça va, et bien trop long pour ce que ça devrait : la seule différence avec le Net, c’est qu’on l’installe ici, dans le journal.

Mon problème, depuis longtemps, c’est d’être lent. Je peux donner le change, à l’oral, mais en général les bonnes idées, les réponses qu’il aurait fallu et tout ça, c’est dans le train du retour que ça vient. Alors on s’en veut, on a l’impression d’avoir toujours tout fait à l’envers de ce qu’il aurait fallu.
Ainsi, en repensant la discussion de lundi à la SGDL, et en réouvrant le fichier où je note régulièrement ce qui concerne Internet (voir précédents fragments de cette suite), j’ai noté ce matin :

Combien j’aime, dans W de Georges Perec, toutes ces incises qui concernent le livre : la position allongée sur le ventre pour lire Jules Verne, et décrire ces sensations corporelles vous remémore le livre oublié. Le morceau de sucre dissimulé sous l’oreiller, pauvre larcin d’orphelin, et c’est le livre comme monde interdit qui revient à distance. La France inquiète de ses frontières, alourdie encore de son passé d’empire, multiplie ces récits illustrés où deux enfants passent d’une région à l’autre : celui qui est enfermé dans un dortoir et n’a ni frère ni sœur rêve avec eux. Nous participons de ces sensations parce qu’elles nous ont bâti comme nous sommes. Que savons-nous de la constitution d’imaginaire, en ce qu’il concerne l’imaginaire géographique, la liaison amont aux contes et légendes, pour ceux qui pratiquent aujourd’hui la documentation virtuelle ? Il reste à nous battre pour que ce ne soit pas se satisfaire de ce qui est proposé, entrer en relation critique avec les données fournies, il reste à éduquer à ce que l’ancienne discipline ne laissait pas choix de contourner : la pratique d’un instrument de musique exige des gammes, les logiciels de composition musicale non. Comment retrouver et faire passer via les nouveaux supports, par le mystère de l’image, de la voix, du texte dont le maniement reste de même exigence, ce que l’attention soutenue nous permettait de décrocher, dans le choc du rêve, du poème ?
Alors, oui, investir le matériau-écran, la page-écran, avec l’exigence dont nous sommes porteurs, parce que nous sommes devenus, de l’enfant récepteur, les porteurs de la transmission, et qu’ont basculé bien trop brutalement pour nous tous les outils de cette transmission, pourtant vitale. Et qu’on se console à dire que les écrits d’Edgar Poe étaient publiés dans des magazines de distraction familiale, ou se remémorer la nuit de sa mort, qu’on se console à dire que Jules Verne publiait dans des collections populaires, se contenter de déplorer que les lois de la transmission ont changé ne suffit pas. Le Grand Meaulnes nous a fait rêver en nous transportant dans un pays perdu, et y associant la cadence d’une phrase : à nous de le réinventer. Ce qui n’est plus, avant le partage du livre, c’est la communauté rassemblée dans le village, entre instituteur et forgeron, ou saltimbanques, qui constitue le Meaulnes. De cette mutation-là, l’écran n’est pas comptable.
Nous sommes les porteurs responsables de cette transmission, mais pas encore préparés à ce rôle. Alors il y a fracture. La timidité à s’accaparer les outils neufs en est le premier indice, celui qui me surprend le plus : je pense alors à une récente visite à Julien Gracq, lui qui toujours a refusé même la machine à écrire, et maîtrisant de sa télécommande le défilement d’un DVD d’histoire ou d’opéra, parce que, lorsque le marcheur est contraint d’habiter une seule pièce de sa grande maison, et ne plus arpenter le grand chemin, voilà comment persiste jusqu’à vous le réel, le grand dehors qui répond aux chemins où on roulait dans La Presqu’île.

Il y a sans doute l’écho du texte impressionnant que Roger Chartier, au moment où il inaugure ses cours au Collège de France, commence ainsi : Ecouter les morts avec les yeux… Par ce vers de Quevedo, qu’il entre dans la relation de l’écrit à l’écran (dans Le Monde daté 12 octobre) :

En brisant le lien ancien noué entre les discours et leur matérialité, la révolution numérique oblige à une radicale révision des gestes et des notions que nous associons à l’écrit. Malgré les inerties du vocabulaire qui tentent d’apprivoiser la nouveauté en la désignant avec des mots familiers, les fragments de textes qui apparaissent sur l’écran ne sont pas des pages, mais des compositions singulières et éphémères.

Ainsi commence Roger Chartier avant de suivre des chemins où les noms cités, Borges, le Quichotte, Bourdieu, ne sont pas des inventions datant du numérique. On peut relire aussi les interventions de Chartier dans le colloque e-text de Beaubourg en (déjà) 2001.

Ce que j’ai du mal à supporter, en ce moment que pas mal de radios ou entretiens, c’est la façon dont ils commencent. Sempiternellement par la référence au genre : « romancier, biographe… » quand ce n’est pas qu’on rajoute « essayiste, animateur d’ateliers d’écriture », comme s’il pouvait s’agir d’une curiosité à fragmentation, comme les bombes de ce nom, et que la question du réel comme expérience, puisque nos textes sont écriture comme expérience, il y a bien ce terme en amont, n’induisait pas la spécificité et le caractère organique de cette expérience avant sa cristallisation en formes : et que si ces formes n’interrogeaient pas ce qu’elles subvertissent du genre, elles seraient d’avance caduques. Et que ça peut valoir bien évidemment autant pour l’intérieur du roman, voir Echenoz, que pour ces formes récit qui sont en ce moment, pour moi, bien plus prenantes et riches que le roman simulacre, à s’en tenir récemment aux lectures faites de Vasset, Stasiuk ou le Carnet de notes de Pierre Bergounioux…

Mais sempiternellement, c’est un compte qu’on m’envoie pour point de départ : trait d’époque, trop comptable ? En plus, un compte flou : « une vingtaine de livres », « une trentaine de livres », l’autre jour à Bruxelles c’était même « au bout de quarante livres »… Et chaque fois, à voir la tête que je tire, celui qui me présente en public ou à la radio comprend que c’est pas forcément le bon point de départ. Enfin bon, bientôt 55 balais, et 25 ans que je vis de ça... ça fait combien de trop, qu’on me dise ? Qu’on me donne un boulot aux Postes ?

Après, je me dis que ce n’est pas si gênant : pour Balzac (88 ?) ou Simenon (165 ?), le compte est plus étendu, et ça ne nous gêne pas.

je mets une photo qui n’a rien à voir, parce que le texte est trop long et que c’est de saison, plus qu’on ne nous prenne pas pour des gourdes

Ce qui me gêne, c’est le sentiment alors de désert intérieur : le seul livre qu’on ait jamais fait, c’est celui auquel on est attelé en ce moment même, et les difficultés qu’il nous crée, l’incertitude où il nous met chaque matin sur sa validité. Je ne connais pas d’auteurs frères qui relisent leurs travaux déjà parus, hors circonstances particulières, celles précisément qui nous replacent en situation d’écriture où le texte redevient mobile : discussion avec un traducteur, ou lecture à voix haute, et dans ce cas je réimprovise toujours le texte selon le modèle Pierre Ménard (inventeur du Quichotte chez Borges, on le sait, malgré les homonymes) : lire comme si jamais n’était donné que le prochain mot soit celui qui est écrit.

Pour la bio Dylan, j’avais demandé à mon éditeur de supprimer le traditionnel DU MÊME AUTEUR et le remplacer par la seule mention du site Net. On en a discuté, je n’ai pas eu gain de cause (pas de quoi en faire casus belli).

Moi-même, dans la biblio figurant dans mon CV officiel, je ne sais pas où est la limite livre et non-livre. Je sais avec certitude, même si j’ai arrêté volontairement, en 2000, d’en tenir relevé, quels textes j’ai publiés et où, dans quel cadre, commandités par qui, payés combien ou pas. Mes archives sont exclusivement numériques depuis 1991, et je sais comment ces textes trouvent leur arborescence sur ce site, ceux que je peux y faire figurer, ceux dont je choisis qu’ils n’y figurent pas. J’ai une interrogation sur cette pérennité numérique : base qui dépend uniquement du système spip, ou des logiciels actuellement en service sur mon disque dur. Mais le risque de non-pérennité est aussi un critère que j’assume : c’est cette part éphémère qui permet d’être en prise avec le présent, de s’y abandonner.

J’ai des textes longs, celui-ci sur la banlieue, celui-ci sur ses bibliothèques, qui ont été publiés mais ne sont pas des livres, et ne figurent dans aucune des bibliographies qu’on fait à mon sujet. J’ai des textes courts, les 20 feuillets sur Edward Hopper, qui constituent par contre un livre. Une intervention pour un artiste, comme ce texte sur François Place il y a 10 ans et qui m’a valu encore cette année 14,70 euros de droits d’auteur de Casterman, je ne le répertorie pas dans mes livres.

Alors, envie de dire que je n’ai fait que 3 livres. J’ai un livre qui s’appellerait Usine, et qui inclurait Sortie d’usine (1982), Temps Machine (1992) et Daewoo (2005) chez trois éditeurs différents, plus Billancourt et quelques compléments. J’ai un livre qui tiendrait à la mémoire, s’ancrerait dans un territoire précis (le paysage natal), où il y aurait une sorte de marche arrière depuis le moment d’entrée par la fiction, via Le Crime de Buzon (1986), L’Enterrement (1991), Mécanique, 2001. Entre ces deux pôles, il y a un travail sur l’adolescence, un chantier pour lequel j’ai eu besoin de passer par les Rolling Stones, puis par Dylan, mais c’est au même endroit et il s’agit de la même chose : c’est mon Meaulnes à moi, ces mecs-là.

légumineuses et artichauts : l’écrivain est-il socialement une espèce à protéger ?

Ici, dans cette piaule où je suis allongé avec l’ordi sur les genoux, des livres et une guitare par terre, d’autres livres sur des étagères, et dans le fond une table avec tous les papiers et courriers dont il faudrait s’occuper mais qui s’empilent, c’est la place de fond. Me suffirait d’écrire sur mes lectures. Les notes que je prends depuis 2 ans concernant Michaux. La travée là-haut des livres sur Baudelaire, ou l’empilement Balzac. Rabelais est venu là : ce n’est pas un livre, c’est un fil vertical de temps, qui me rejoint toujours, où que je sois.

Parfois, dans cette immobilité, il y a l’imprévu : on obéit, parce que c’est l’écriture qui est convoquée pour ce qu’on ne comprend pas, de ce qui tient de l’immédiat présent. Les ateliers d’écriture, quinze ans, ont été cette curiosité. Elle aurait pu l’être encore, s’il y avait eu un brin de respect des institutions, universités ou écoles à ce propos. Avec Tous les mots sont adultes, c’est la première fois que j’ai pu, par la transformation industrielle (remplacer un pdf par un autre au moment du retirage), changer complètement le livre sous le même titre, lors de la réédition. Et celui-ci non plus, je ne le considère pas comme un livre. Assemblage textuel d’outils et réflexions, dont l’espace langue s’est concrétisé dans les Verdier, C’était toute une vie, Prison, où les expériences d’atelier ont précédé pour qu’un fragment du monde deviennent éphémèrement visible. Est-ce qu’un texte de théâtre est un livre : oui pour Koltès ou Novarina,mais pour moi c’est la trace écrite d’une partition collective, en général liée à un livre préalable, comme Quatre avec le mort après Mécanique qu’il prolonge.

Il y a des livres qui sont comme des cadeaux qu’on se fait, alors ceux-là oui, les inclassables, c’est celui qu’on offre aux gens, pour moi c’est Paysage fer : livres dont on sait à peine comment on les reçoit, qui s’écrivent hors table, dans un carnet noir, sans idée préalable de publication.

Cette semaine, comme chaque début octobre, j’ai reçu mes droits d’auteur annuels des éditions de Minuit, où je n’ai plus publié depuis 10 ans. Chaque année, je suis infiniment surpris de la stabilité : Sortie d’usine se vend entre 140 et 160 exemplaires tous les ans, comme si rien n’avait changé (et que je n’avais pas écrit Temps machine). Parking et Impatience se vendent tous les ans à 70 exemplaires : et je n’y suis pour rien. Le petit essai La folie Rabelais, qui m’avait valu des articles durs à sa sortie (me souviendrai toute ma vie de celui d’un nommé Ceccaty — pourtant, lors du cincentenaire Rabelais, toutes les rééditions reviendraient à la ponctuation originale, et le nouveau Pléiade est un contresens, un ratage, d’avoir continué ce contresens du Gargantua placé avant le Pantagruel), augmente régulièrement, d’année en année, passant d’entre 12 et 15 il y a 7 ou 8 ans à entre 30 et 40 maintenant. C’est évidemment tout petit : mais quelle démarche aussi il faut au lecteur, pour le commander chez son libraire (ou utiliser la vente en ligne : ces chiffres prouvent bien ce qu’on joue, pour nos travaux, à un site d’auteur qui en permette l’accès) — et merci à des libraires comme Ombres Blanches ou Sauramps (32 ouvrages, là j’ai enfin le compte !) d’avoir à disposition ces bibliographies : encore nous revient-il de faire lien.

Cette année, en tout, dans le scrupuleux relevé Minuit, c’est 488,32 euros pour 9 titres, qui ont représenté 16 ans de ma vie. L’auteur ne capitalise rien : pas de rente de situation. On fait ça, et puis après on se débrouille. On ne va pas s’en plaindre. Juste, on aimerait, on aurait aimé, peut-être, que le chèque signé par l’éditeur soit accompagné d’une petite carte meilleur souvenir, d’un petit mot mais bon, ils ne peuvent pas faire ça à leurs 400 auteurs.

Surtout dans ce contexte, où on sait qu’on a cheminé par les livres, mais que – côté auteur – un livre se superposait à l’autre : j’ai mis longtemps pour aborder la problématique de la ville, même si elle résonne dans tout ce que j’ai pu faire. Décor Ciment, ou plus tard Calvaire des chiens, je ne les récrirais pas comme ça, même si l’interrogation reste exactement la même.
Tout cela, pour une question aussi sur le contrat, question aussi évoquée lundi à la SACD. Même si Balzac a écrit beaucoup de livres, ce qui a mené la Comédie à sa forme, c’est qu’il vendait un livre pour 4 ans, ou pour 2500 exemplaires (pas le courage d’aller chercher le tabouret pour aller vérifier chez Pierrot là-haut). Et quand le contrat était échu, on revendait le livre, en récrivant par dessus, en établissant lien avec les autres travaux. Dans ce processus-là, j’y serais parvenu, à n’écrire qu’un seul livre qui se serait toujours appelé usine, un autre qui se serait toujours appelé ville.
Même 10 ans après que l’éditeur avait décidé de ne plus travailler avec moi, il n’y aurait pas une proposition du genre : — Allez votre chemin, nous allons le nôtre, on vous redonne les droits de Sortie d’usine et faites-en ce que bon vous semble. Tous les contrats que j’ai signés jusqu’ici s’inscrivent dans cette spécificité française, accordant l’exploitation au même éditeur jusqu’à 70 ans après décès (plus années de guerre !). Et donc l’interdiction de venir, même post-mortem, changer telle ligne ou tel paragraphe à mes anciens livres.

Sur les écrivains et l’argent, on nous demande rarement notre avis, à nous autres : mieux vaut faire intervenir, c’était le cas à la SGDL, les économistes, les avocats. Aucun économiste ne supporterait de vivre comme on vit : sans jamais savoir ce qu’on mangera dans 3 mois, et que la retraite, les points de carrière des amis profs de mon âge qui sont tous dans le compte à rebours, nous breloque.

Je rééditerais bien Impatience, en lui adjoignant certains textes creusés depuis au même endroit. J’aimerais bien aussi que Paysage Fer reste un chantier ouvert, avec les notes prises en cours de tournage, et pourquoi pas le DVD du film avec le livre.

Je crois que si j’avais signé pour 15 ans, et pas pour [temps vivant + 70], je mettrais La folie Rabelais en téléchargement libre (là aussi, je réponds avec une semaine de retard à une question lundi de Pierre Assouline), et j’en profiterais pour renouveler quelques points sur lesquels j’ai avancé dans ma compréhension du Pantagruel, parce que 15 ans de plus avec Rabelais j’ai compris certains trucs, et je serais probablement récompensé par 1 ou 2 opportunités supplémentaires de lecture en public de Rabelais, de lesquelles je ne me lasse pas et qui me rapporteront de toute façon bien plus que les 45 euros pour autant d’exemplaires vendus cette année ?

Quelles conséquences, de l’autre côté, pour le directeur de collection dans une maison d’édition, lorsque le devoir d’accompagnement de ses auteurs doit se concilier avec l’ouverture aux voix neuves (voir comment se cherche cet équilibre dans Fiction & Cie). Je n’aurais pas besoin de publier un livre après un autre. Mais, si je continue à travailler, je n’ai pas d’autre choix. Alors, dans deux ans, quand je reviendrai avec un nouveau livre, on me dira : –– Après bientôt 30 livres… Ce serait mieux si je pouvais me débrouiller à vivre 3 mois avec mes 15 ans de livres chez Minuit : mais pas d’erreur de calcul, c’est bien 480 euros.

autre photo de saison, mais aussi parce que je me demande toujours qui sont ces gens qui ont fait l’effort de commander ces livres, alors merci à eux

Qui prendra les devants ? Au moment de signer un contrat, je m’en balance, alors que j’ai tort. Je ne vois que le livre. Je crois que je n’ai jamais lu un contrat en détail avant de signer, atavisme paysan comme on tope dans la main et on y va. Pourtant, c’est ce qu’il faudrait : instaurer qu’on cède l’exploitation du texte pour 5, 10 ou 12 ans et qu’ensuite ça vous revient. Un agent oserait le dire (et probablement, ceux-là le négocient déjà). Les éditeurs devraient faire le premier pas, parce qu’ils gagneraient à cette circulation, elle changerait la donne au moment du livre numérique : s’ils perdraient des textes, ils pourraient en impulser d’autres. On n’en est pas là.

Rémunération légitime de l’écriture Internet, fut dit lundi à la SGDL. Ben oui, mais comment : encore une usine à gaz de taxe sur la vente des cerises à la saison ? Un pourcentage prélevé sur les 10 meilleures ventes rentrée et redistribuée aux blogs méritants ? (Sera pas d’accord, l’ami Claudel sous sa casquette.) M’inquiète plus, je l’ai dit lundi, que les 30/35 ans que je vois débouler dans la littérature ne lâchent plus leur job, comme nous on le faisait, sitôt notre premier bouquin, adieu pointage corvées boulot. La thune ? On verrait en cours de route. Cliquer sur soutenir le site (qui m’enrichit certes moins que je dépense !).

Le site, évidemment, change l’équilibre : il est une arborescence mobile, superposable, qui prend forme selon qu’on ajoute les contenus, et inclut la radicalité des livres comme un des éléments fixes. Je le vois bien, désormais, comment pour moi l’écriture ici sur le site est au même endroit que l’écriture livre, qu’elle est un enjeu esthétique de même nécessité, voire même passe avant. Mais qu’il soit numérique ou graphique, un texte solidifié d’un processus d’écriture et d’édition, à valeur marchande comme telle, garde sa spécificité : les nuits d’arrachement pour chacun des chapitres du Dylan comme autant de rendez-vous pris longtemps à l’avance, et qu’on paye de chair.

Temps que j’arrête. Carelessness, il disait, Dylan : s’en fiche. Surtout pas se plaindre : puisque nous autres on a le droit, passer une journée rien qu’avec ses bouquins et gribouiller, et autant qu’on veut. Honteusement égocentré, ce post. Mais juste ça, finalement, les livres, là, par terre et au-dessus de ma tête. Et la petite lucarne sur les genoux.

Reprises et commentaires : voir la tache aveugle sur expérience chez Lacoue-Labarthe.

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 octobre 2007
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