le roman de Vincent Tholomé
auteur performeur né en belgique vivant en belgique et mangeant belge c-à-d local et disant ses textes belges ou pas belges en belgique et ailleurs en indonésie ou en russie aux états-unis et en france etc. écrivant des livres et des histoires à coucher dehors comme MON ÉPOPÉE par exemple un livre paru deux jours avant le confinement et QUARANTE JOURS DANS LA VIE DE ROCCO MC CALL un livre co-écrit avec une bande d’ados qui sortira d’ici mm une semaine ou deux je pense ou à peine plus tard et puis voilà c’est tout pour aujourd’hui c’est tout pour sa bio

pour ceux et celles désirant en savoir plus sur MON ÉPOPÉE :

• un lien vers le site des éditions LansKine

• un lien vers le site MON ÉPOPÉE, site compagnon du livre, on y trouvera des capsules sonores s’inspirant des 22 chants du livre et réalisées par le duo VTGK ainsi qu’une introduction aux soubassements du projet :

• le duo VTGK, c’est :
- Gauthier Keyaerts : soundcloud + électronique + images
- Vincent Tholomé : texte français + voix + électronique

pour celles et ceux s’intéressant au projet ROCCO MC CALL :

• un lien vers un soundcloud reprenant les capsules sonores s’inspirant du concept de "transpoème" de Laure Gauthier et réalisées par les adolescents themselves avec leur téléphone portable

• un lien vers le site des éditions Maelström :

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11. CECI N’EST PAS L’HISTOIRE DES GANTS DE WOÏ


proposition de départ

• ceci est l’histoire des yeux de Wi & de Wou • ça dit d’abord que les yeux de Wi & de Wou ont été jeunes & bons • ça dit ensuite que les yeux de Wi & de Wou sont devenus vieux & mauvais en un jour • en une nuit • les yeux de Wi étant jeunes & bons la veille • les yeux de Wou étant vieux & mauvais dès le lendemain au réveil • ça dit ensuite que ça arrive le même jour • la même nuit • les yeux de Wi devenant vieux & mauvais le même jour que ceux de Wou • les yeux de Wou ayant été jeunes & bons le même nombre d’années que ceux de Wi • les yeux de Wi ayant été jeunes & bons le même nombre de jours que ceux de Wou • ça dit ensuite que ça se passe dans le même immeuble • au même étage • dans la même pièce • Wi s’étirant d’abord dans son lit puis se levant • Wou s’étirant ensuite dans son lit puis se levant • Wi & Wou ne remarquant d’abord rien • se rendant l’un & l’autre à la salle de bain sans remarquer • ça dit ensuite que ça se lava sécha & s’habilla puis que ça prit place à table • ça dit ensuite ensuite que ça saisit la boîte de céréales posée sur la table • la tint à bout de bras & ne reconnut pas la boîte • ça dit ensuite que ensuite que ça se dit ne pas se souvenir de s’être rendu chez Wang & d’avoir acheté chez Wang cette boîte • ça dit ensuite que Wi tourna la tête à gauche à droite & derrière lui comme si Wi cherchait à reconnaître la cuisine mais il n’y parvint pas • ça dit ensuite que Wou remarqua Wi • le manège de Wi • assis dans la cuisine • en face de lui • de l’autre côté de la table • tournant la tête à gauche à droite & derrière lui comme s’il était surpris d’être assis là dans cette cuisine à cette heure-là • ça dit ensuite qu’à son tour Wou tourna la tête à gauche à droite & derrière lui comme s’il cherchait à comprendre pourquoi • devant lui • de l’autre côté de la table • il y aurait Wi tournant la tête la tête en toute panique dans tous les sens à gauche à droite puis derrière lui • ça dit ensuite que Wi dit ne rien reconnaître ni la cuisine ni les chaises & la table ni la boîte de céréales • ça dit alors que le cœur de Wou bâtit un peu la chamade • ça dit ensuite que Wi & Wou auraient dû avoir depuis longtemps la puce à l’oreille • ça dit ensuite que Wi s’est dit comment n’ai-je rien remarqué • ça dit ensuite que Wou ensuite s’est demandé la même chose • ça dit ensuite que Wi à la salle de bains s’était saisi d’un gant de toilette qui n’était pas le sien • ça dit ensuite que Wou à la salle de bains s’était revêtu d’une chemise qui n’était pas la sienne • ça dit ensuite que Wi s’était trompé de pièce prenant à gauche plutôt qu’à droite ouvrant la porte d’un débarras plutôt que celle de la cuisine • ça dit encore que Wou aurait pu s’étonner de trouver Wi à table dans sa cuisine • Wou ne connaissant pas Wi • n’ayant jamais croisé Wi • ni à l’épicerie Wang • ni dans l’autobus • Wi n’ayant jamais vu Wou dans la rue ou dans l’immeuble • ça tient ensuite des propos généraux à propos des cuisines & des choses à propos des gens & des choses qui arrivent aux gens sans qu’ils s’en rendent compte • ça dit ensuite que des fois il arrive aux gens des choses bouleversantes sans qu’ils s’en aperçoivent • ça dit ensuite que des fois la vie des gens est bouleversée sans qu’ils s’en aperçoivent • ça dit ensuite que Wi demande à Wou ce qu’il ferait chez lui • ça dit ensuite que Wou demande à Wi ce qu’il ferait chez lui • ça dit ensuite que Wi pria Wou de bien vouloir quitter les lieux • ça dit ensuite que Wou • bien plus grand bien plus fort que Wi • saisit Wi par le col & le traîna de force jusqu’à l’entrée • ça dit ensuite que Wi dit que tout cela était fort & que jamais il n’aurait pensé vivre ça • une situation comme ça • Wi s’offusquant que quelqu’un • un inconnu • le saisisse par le col & le traîne de force jusqu’à l’entrée comme s’il allait de force l’expulser de chez lui • ça dit encore que Wou dit que ça c’était fort • il trouve chez lui dans un cuisine un quelqu’un • un inconnu • à table ingurgitant • sans demander • un bol entier de céréales • arguant du fait • une fois saisi au col • qu’il serait là chez lui & que ça serait un comble d’être fichu dehors • hors de chez lui • par un quelqu’un • un inconnu • arguant du fait qu’il serait là chez lui & qu’il viendrait d’avoir un coup au cœur en découvrant • alors qu’il l’avait sous les yeux • un inconnu assis à table en face de lui • ingurgitant un bol entier de céréales comme s’il était chez lui • ça dit encore que • tout à leur affaire • ni Wi ni Wou n’ont pris garde à leurs yeux • ça dit ensuite encore que • tout à leur affaire • ni Wi ni Wou n’ont constaté qu’en une fois • en une nuit • leurs yeux • d’abord jeunes & bons • sont devenus vieux & mauvais • ça dit encore que • pourtant • passer • en une fois • en une nuit • de yeux jeunes à yeux vieux • de yeux bons à mauvais • ça doit tout de même se remarquer • ça dit ensuite qu’il n’y a plus rien à dire sur Wi & sur Wou & sur l’histoire de leurs yeux • ça ne parle ni des mains de Woï que personne ne voit ni des mains de Wug endormie • l’une portant toujours des gants en caoutchouc jusqu’au coude • l’autre s’endormant assise • tous les jours assise • trois fois par jour • dans un canapé • le bras dressé à angle droit sur l’accoudoir • ça ne dit rien de la toile jaune & cirée lustrée par Wig • les doigts de Wig • passant des fois huit heures par jour sur la table • lustrant des fois huit heures par jour la table • la toile cirée de la table & ça finit comme ça l’histoire de Wi & de Wou & de leurs yeux •

(codicille : j’ai voulu parler des mains je le jure & je comptais parler des mains mais j’ai écouté Tout ce que je sais le cd d’Anne-James Chaton & Andy Moor & j’ai pensé que cette chose est excellente & que cette chose est radicale • alors je me suis dit en coupant les tomates en préparant le repas du soir François a aussi parlé des corps tant pis pour les mains je parlerai corps j’évoquerai des corps ce qui arrive à des corps il y aura des gestes des mains qui agrippent & saisissent elles seront présentes mais pas comme voulu ou demandé ou suggéré : je n’ai décidément pas l’esprit requis, pas du tout le goût de m’ausculter ces temps-ci, pas du tout envie de me saisir autobiographiquement, j’ai beaucoup de pudeur ces temps-ci • alors j’ai écrit dans l’esprit de Leslie Kaplan, dans la saisie des corps plutôt que dans celle des mains, désirant par-dessus tout poursuivre, écrire une histoire de plus, une saisie de plus, une plongée de plus dans la vie de mes Wé, Win & Waï ) ( fin du codicille ) ( post-codicille : ce que, peut-être, j’ai appris de la consigne : écrire quelque chose à propos de quelques quelqu’uns en se tenant au plus près des corps, comme si c’était cela qu’il y avait à dire : la présence des êtres par la présence des corps, l’auscultation des corps, non pas décrire les corps mais dire comment ils sont présents au monde : ça peut se faire au travers de leurs gestes, de leurs coups de colère, de leurs hébétude, hésitations, perplexité, interrogations, doutes, etc. • je crois que ce codicille dit plus que ce qu’il y a dans le texte, petit brouillon, petit premier jet, première tentative consciente de l’affaire & ceci n’est pas grave : codicilles & textes sont peut-être des notes, des essais, des réflexions, l’occasion unique d’expérimenter d’autres pistes, d’arpenter consciemment des territoires que, perso, d’habitude j’arpente peu ou pas consciemment, on est là pour ça, pas vrai ?, pas vrai ?, pas vrai ?, garder vivaces nos mains, ne pas se laisser gagner par une vaine agitation ) ( fin du post-codicille )

8. HISTOIRE DES BIBERONS GÉANTS OU MINUSCULES ET DES MACHINS-CHOSES SCINTILLANT AU SOLEIL


proposition de départ

(…) INTÉRIEUR 1 : puis le petit papier, porté par le vent, tomba du bureau et n’exposa sur le sol, le plancher de bois chic, que son revers blanc, INTÉRIEUR 2 : puis on laissa la pièce vide, comme livrée à elle-même, sans emporter le couteau électrique, INTÉRIEUR 3 : puis, une fois le caddie rempli, il resta comme un vide à combler, ne sachant pas, nous autres, où nous arrêter, sur quel rayon ou quelle collection de tubes en zinc ou en plastique, porter nos regards, INTÉRIEUR 4 : d’abord rien ne vint puis tout arriva mais il fut difficile de savoir comment les choses finirent par renaître, EXTÉRIEUR 1 : puis il sortit le machin-chose de sa poche et le posa sur la table, c’était comme un miroir noir scintillant au soleil, une invitation à garder nos distances, à prendre soin de nos cœurs et de nos ventres, EXTÉRIEUR 2 : avant, les aboiements n’existaient pas parce que les oreilles n’existaient pas, les dents des chiens n’existaient pas, les dents des loups n’existaient pas parce que mollets et bras étaient encore à inventer, EXTÉRIEUR 3 : d’abord il exista des biberons minuscules et des bouches minuscules puis il exista des biberons géants et des bouches géantes mais nul ne sut jamais s’il exista des biberons minuscules parce qu’il existait des bouches minuscules ou s’il exista des bouches minuscules parce que un savant une savante en blouse blanche conçut un jour dans un entrepôt à l’arrière d’une ferme dans un laboratoire jouxtant une pharmacie un biberon minuscule, EXTÉRIEUR 4 : et personne ne sut jamais si des bouches géantes vivaient déjà mais recluses ou tapies dans l’ombre dans les failles les crevasses de la terre ou si elles n’apparurent au grand jour que le jour où quelqu’un, quelque part, les aperçut de loin s’ébattre dans les eaux, à mille lieues de la côte, de l’eau jusqu’au poitrail (…)

(codicille : faire 8 débuts de quelque chose, 8 débuts d’histoire, 8 décors potentiels plutôt que 8 décors, juste lancer les choses, ne pas les laisser advenir, ne pas les laisser prendre leurs aises, retenir les chevaux par la bride, ne pas les laisser prendre le mors aux dents, ne pas anticiper, ne pas chercher à relier, à faire suite aux propositions précédentes, juste accumuler des phrases, des matières, répondre aux pichenettes de François de façon légère, le plus légèrement possible, n’ayant décidément pas le temps, cette année, cet été, d’y répondre autrement, ne pas chercher à créer trop tôt des ponts entre les choses, laisser juste les choses poindre, suivre le point des choses, me souvenir d’écrits légers ou soi-disant légers, me souvenir du "Le monde est rond" de Gertrude Stein, me souvenir des conversations légères et de l’écriture à deux avec Laura Vazquez, me souvenir du plaisir des listes, d’élaborer des listes, de lister les choses, les paroes et les débuts de quelque chose, me dire que, peut-être, écrire n’a de sens, pour moi, pour l’instant, que dans cela : nommer lister les choses, nommer lister les êtres, garder ainsi mémoire de ce qui est, a été, aurait pu être, garder ainsi vivants tous les possibles, faire ainsi fiction, et dire, ensuite, que ce serait cela, faire fiction : inventer un flux de paroles, flux de pensées, qui aurait pu ou qui pourrait avoir lieu, ou quelque chose du genre)

7. PUIS DU LINGE ME MASSA L’ANNULAIRE ET L’AURICULAIRE


proposition de départ

puis le linge voleta, suspendu dans les airs, au-dessus du poêle à bois, maintenant éteint et gris de poussière, une buse d’aluminium, évacuant les fumées toxiques, la porte en verre, en matériau de récup elle aussi, en simple vitrage, elle aussi, comme l’immense baie vitrée, placée ici par les soins de la propriétaire, la propriétaire abattant de ses mains tout un mur, du plancher au plafond, décidant un jour que "ceci", fait-elle, montrant, de la main, dans un vaste mouvement circulaire, l’entièreté de la pièce nous servant de séjour, de cuisine et de séjour, de cuisine, de dortoir et de séjour, "mérite un peu plus de lumière", "un peu plus de vie et de considération", fait-elle encore, des lunettes de soudeur sur le nez et un tissu blanc sur le nez, sur la bouche et le nez, prête, déjà, à "abattre l’ouvrage" puis abattant l’ouvrage, puis le linge sécha, personne ne prenant la peine, durant des jours, de le décrocher de son fil, de le repasser ou de le replier, de le ranger avec soin dans ses armoires ou de le laisser végéter, en tas, attendant, shazam et zou, qu’il se transforme, de lui-même, en "petit tas ou grand tas de poussière calcinée", fait Woï, totalement inutile, intoxiquant nos "bronches et poumons", fait encore Woï, profitant, comme toujours, des moindres faits et détails pour nous servir à table, ou dans la salle de douche, ses "bronches et poumons", Woï profitant de la moindre occasion pour revenir sur les "bronches et poumons", les "bronches et poumons" obsédant Woï plus que de raison, les "bronches et poumons" éveillant Woï, la nuit, les "bronches et poumons" faisant quelques fois des petits, dans nos têtes ou dans nos bouches, Wu disant une fois "bronches et poumons" plus que de raison, une journée durant, puis l’inspecteur ferma la porte à clé, il porte un costume noir, une cravate noire et une chemise blanche, ses chaussures sont noires, bien entendu, et vernies, bien entendu, il hésite à prendre à place à la table ovale, elle est en bois, rafistolée par nos soins, Wuï se méprenant, disant que la table est une table rafistolée par nos soins, polie, lissée par nos soins, à la main, sans machine, invitant alors l’inspecteur à se pencher avec elle, à s’accroupir avec elle, à inspecter, avec elle, les "dessous de la table", fait-elle, se méprenant, croyant, naïvement, que l’inspecteur hésite à prendre place en raison d’une admiration soudaine, et sans borne, pour la table, l’inspecteur disant alors "non merci", rajoutant ses lunettes, hésitant à s’asseoir sur la chaise de récup en fausse toison de bête fauve ou sur la chaise de récup en faux velours bleu strié de lignes un peu plus claire, puis il se massa l’annulaire et l’auriculaire, c’est sans rien dire et sans regarder par la fenêtre, c’est avec un regard vide, dans les mouches qui volètent, se posant, vibratiles, sur la nappe bleu clair repliée à toute blinde, n’importe comment, puis posée sur un châle, rouge éteint, jeté, hier ou avant-hier, sur le dossier de la chaise en fausse toison de zèbre, si typique dans années 70, Wo tournant dix fois de suite dans le stand de Weï, c’est avant qu’ils se connaissent, Wo tournant dix fois de suite autour de la chaise, inspectant tous les détails, Wo disant à Weï qu’il veut être sûr, qu’il ne souhaite pas que la chaise le lâche, que les coutures lâchent dès que la chaise "rentre à la maison", fait-il, une chaise devant faire office de chaise "des années durant", une chaise devant faire office de chaise "sur le long terme", insiste-t-il, Wo ne pouvant jamais se contenter de dire les choses une seule fois, Wo se devant toujours d’insister plusieurs fois, revenant alors plusieurs fois sur la chaise, irritant déjà Weï, puis il regarda par la fenêtre jusqu’à ce que quelque chose vibre dans l’air nocturne, on ne sait pas ce que c’est, ça vibre, c’est tout, ça traverse la fenêtre à simple vitrage, ça traverse nos corps bien sûr fragiles, on le sent ou la sent, ça ne dure pas, ça laisse peut-être des traces, on ne sait pas, ça ne retient pas notre attention, c’est une vibration bleutée, c’est un orage, une pensée molle, ça ne pèse rien, ou pas grand-chose, ça ne compte pas, c’est indéchiffrable, c’est comme ça, puis il toussota, se donnant régulièrement contenance, tournant entre ses doigts un élastique bleu, trouvé par terre, trouvant souvent dans quelque chose, un élastique bleu ou vert, rarement un élastique rouge ou orange, un agglomérat de poussière, un agglomérat de poils, etc., un moyen discret de se donner contenance, ne parvenant pas à "passer dans le monde" ou, plus simplement, à "être au monde" sans se donner contenance, toussotant toujours juste avant de prendre la parole et tournant entre ses doigts un élastique bleu, sans regarder ailleurs, comme s’il était seul au monde, comme s’il parlait pour lui-même, ne regardant jamais Wi, Wan et Wang dans les yeux, puis il s’aspergea d’huile solaire, c’est à l’intérieur, à mille lieues de la plage, à mille lieues des rivières, des torrents débordants, des tumultes des eaux, il avance l’hypothèse : "sans pratique, on oublie les gestes, les actions quotidiennes, l’art de rincer les verres, l’art de s’asperger d’huile", dit-il, dès que Won, tout entier à sa tâche, sciant ses planchettes de bois puis les assemblant comme il peut en vue de "construire quelque chose mais quoi ?", dit Won, agissant des fois, tout un jour, sans savoir pourquoi mais agissant, ne supportant pas de rester des fois, des heures entières, "sans rien faire", sciant alors, des heures durant, des planchettes en bois qu’il assemble ensuite patiemment, sans aucun plan ou "idée préconçue", espérant pourtant, secrètement, à "faire dans l’utile", déprimant, des fois, des jours durant, à la suite d’une "construction bancale", dit-il, ou "construction inutile", ne pouvant ni lui servir ni servir l’une ou l’autre d’entre nous, s’emportant alors contre Wun et son huile solaire vaporisée n’importe où, n’importe comment, des gouttelettes d’huile grasse ne manquant pas de "tâcher l’ouvrage", "gâcher l’ouvrage", des gouttelettes d’huile grasse abimant, "pour de bon", dit-il, le travail, ruinant, pour de bon, son ouvrage, "toutes ces heures passées avec soin", dit-il, puis il tordit son t-shirt trempé, sans l’enlever, puis il tordit son short trempé, sans l’ôter, ne souhaitant "mettre son corps à nu", exposer à tout un chacun son corps nu, infliger à tout un chacun ses "blessures de guerre", dit-il, ses blessures de guerre n’étant pas des blessures de guerre, mais préférant dire "blessures de guerre" plutôt que d’exposer, en long et en large, les raisons pour lesquelles son dos et son ventre sont meurtris, son dos et son ventre sont un champ de bataille, "une plaine ravinée", dit-il, énigmatiquement, coupant court, souvent, à toute question, puis il rompit l’œuf dur, puis il joua avec les clés, puis il rompit quelque chose, puis il finit son assiette, puis ce fut tout et tout fut dans tout, puis tout se tut car tout fut dit.

(codicille : Je ne sais pas d’où tout cela vient. Je veux dire : je ne sais pas pourquoi tout cela a pris cette allure. Pas de références livresques conscientes. Pas de références cinématographiques. Juste le principe exposé par François : "le passé simple fonctionnant comme une horloge", comme un appel, un signal, quelque chose nous invitant à "dire autre chose", à étaler un peu, en 10 ou 20 lignes, un autre temps, un autre geste, une autre histoire. Le passé simple comme autant de ruptures, de basculements dans une autre époque, dans une autre histoire. Tout ceci, tout ce qui est rapporté pouvant, je pense, tout autant se rapporter à une même époque ou à des époques différentes. Le passé simple et les noms, toujours les noms, suffisant (peut-être) à créer l’illusion que tout ceci, tout ce qui serait rapporté, serait comme lié, formerait malgré tout une continuité. Ne me préoccupant que d’une chose : faire de la matière. Accumuler. M’aidant bien sûr d’un livre. De phrases tirées d’un livre : "L’enquête", de Juan José Saer. Acquis hier, ici, dans la Drôme, chez un super bouquiniste. Croisant aussi ces phrases avec ce que j’ai sous les yeux : d’abord un séjour, une salle commune, faisant office de cuisine et de séjour, dans une ferme de Salettes, "La ferme des dames", puis une rivière, un dimanche après-midi, à l’heure de se baigner. Et mêlant aussi, dans le présent de l’écriture, sans réfléchir, ces strates savantes à des postures, des souvenirs, des bouffées de joie et d’angoisse, me venant du passé ou d’ailleurs. Incapable, ensuite, au bout du compte, de savoir quoi viendrait d’où. Ne voyant pas l’intérêt qu’il y aurait, une fois le texte écrit, à débroussailler les strates. Ne cherchant d’ailleurs pas à le faire, trop heureux d’avoir laissé la chose se faire "comme d’elle-même". Dans l’intuition. Dans le présent de l’écriture. La légèreté de l’instant.)

6bis. CECI EST UN PROPOS SUR LES ÊTRES SIDÉRÉS


proposition de départ

• ceci dit comment la bande arriva • puis ce qu’elle fit quand elle confina • puis ce qu’elle fit quand elle sorta • Weï partant de son côté • sans un regard pour Wang son amoureuse • Woï s’esquivant discrètement • rasant les murs • dès que Wing et Wung se prendraient à la gorge • la chemise de Wing ne résistant pas à l’affaire • les bretelles de Wung ne résistant pas à l’affaire • la jeune Wa disparaissant pour toujours dès que nous mettrions les pieds dehors • le vieux Wong trainant des pieds • trainant derrière et nous perdant de vue • se perdant dans les rues puis se retrouvant seul • la nuit • et retrouvant la rue • passant trois hivers seul dans la maison et y crevant comme un chien • Weï arrivant dehors • forçant la porte au pied de biche puis s’installant dans le salon • Waï arrivant ensuite • sans connaître Weï • remarquant la porte forcée et les volets forcés puis entrant • passant tout l’hiver sous l’évier • dans l’armoire sous l’évier • dans ce qui nous a servi de cuisine et de dortoir • de salle à manger et de salle de douche • ne sortant que la nuit • Wi déboulant • quant à lui • par la cheminée • fuyant des choses par les toits puis tombant par hasard • déboulant au salon par la cheminée • nettoyant pour de bon l’affaire • expédiant dans les airs la suie noire et poisseuse • "le café des pauvres" a dit Woun • prenant place • un soir • parmi nous au salon • comme si elle avait toujours été là • étrennant à notre place notre fauteuil en cuir jaune et clouté • Wo surgissant • par erreur • des égouts • une lampe frontale sur le crâne • s’excusant du dérangement • désirant repartir aussitôt puis restant • déposant sur la table le pain blanc et de mie • la confiture de framboises et le chocolat en poudre instantané • Weng • courbaturée • demandant son chemin • demandant si c’était ici • bien ici • qu’habiterait le docteur Wuï • "l’imminent spécialiste" a-t-elle dit • désirant repartir aussitôt puis restant • déposant sur la table les légumes frais du jour et les œufs de canes • We et Wen • quant à eux • s’imposant malgré tout • les seaux d’eau froide de Woï • notre ancêtre • ne les dissuadant pas • Woï • en dépit du bon sens • en dépit de la réalité • jugeant que nous serions nombreux • déjà bien nombreux • déjà trop nombreux • Wé passant en coup de vent en rue • à pied • sur le trottoir d’en face • s’étonnant de voir des silhouettes derrière les fenêtres • des lumières derrière les fenêtres • des odeurs de friture et des vapeurs s’échapper des cuisines • ne souhaitant d’abord pas rester • ne souhaitant d’abord que "jeter un œil" • puis restant • apportant les fromages le virus de la grippe et les pépins de cerise • Weï • après trois jours • n’en revenant pas • a-t-il dit • qu’une maison vide et immense • une maison peu amène • une maison délabrée • déborde de vie • Wou • après trois jours • s’étonnant que la bande forme une bande • Waï et Wa pissant de rire dès le matin • Waï et Wa pissant de rire jusqu’au soir • se tenant le ventre • dès le matin • comme si Waï et Wa se connaissaient depuis toujours • Wi et Wung tenant des propos • dès le matin • sur la vie et la mort • comme si Wi et Wung se connaissaient depuis toujours • Wong et Wouï • dès le matin • sur un bout de table • mâchonnant leur crayon • dressant • interminablement • la liste des courses • comme si Wong et Wouï nous connaissaient depuis toujours • connaissant par cœur les goûts de chacun • connaissant par cœur les goûts de chacune • Wè disant à Waïng • à l’enfant Waïng • emmailloté • dans sa poussette • dans le vestibule • juste avant de sortir • combien elle l’aimerait "grand comme ça depuis toujours" • comme si l’enfant Waïng • ce grand pleurnicheur • emmailloté dans sa poussette • avait toujours été là • nul ne connaissant pourtant l’enfant Waïng • l’enfant Waïng d’abord n’étant pas là puis l’enfant Waïng étant là comme si c’était depuis toujours •

(codicille : J’ai d’abord écrit le codicille à ma réponse à la proposition 6. Puis j’ai écrit ma réponse à la proposition 6. Puis j’ai envoyé ma réponse à la proposition 6. Puis j’ai enfin réfléchi. Me suis enfin dit : "Tu viens de finir ta réponse à la proposition 6. Tu viens de l’envoyer et tu ressens déjà une grande frustration. Tu as la sensation d’avoir écrit comme un premier jet. Une première tentative d’insérer dans "l’histoire que tu racontes" la "métahistoire que tu racontes dans ton codicille". Comme si tu avais tenté maladroitement de rajouter la couche "métahistoire" à "l’histoire que tu racontes". C’était fort maladroit. Refais. Retente. Essaie de glisser plus subtilement d’une strate à l’autre." Alors j’ai refait. Tenté plus subtilement de glisser d’une strate à l’autre. Alors ça donne ma réponse 6bis à la proposition 6. Alors ça donne ce codicille. C’est une tentative pour poser un cadre simple et "mathématique" et puis écrire. Sans impatience. Je ne sais pas si ça marche marchera ou fonctionne. Je sais juste que je préfère ma réponse 6bis à ma réponse 6. Voilà voilou. Fin de ce codicille.)

6.1. CECI EST UN PROPOS SUR LES ÊTRES SIDÉRÉS


proposition de départ

• bon • ça commence • c’est déjà commencé • ça n’attend pas • dès que c’est parti c’est parti • même s’il y a des pauses même si des fois c’est souvent ça cherche sa route ça ne veut pas dire que rien n’a lieu • ça ne veut pas dire que rien n’arrive • des choses arrivent même si on ne dirait pas • forcément des choses arrivent • forcément tout un monde • forcément des élans • ça demande à conquérir • à prendre toute la place • c’est des guerriers et des guerrières • forcément des guerriers et des guerrières • sans considération pour qui se trouvait là • Waï • à moins que ce soit Wou ? • balançant par la fenêtre les affaires • "molles et sans vie" dirait Wu • à moins que ce soit Wan ? • de qui se trouvait là • les chemises et les slips de qui se trouvait là • les sacs de sport usagés les denrées alimentaires encombrant le frigo les sacs poubelles et leurs canettes et bouteilles vides leurs emballages plastiques dégradables ou difficilement dégradables leurs cartons à œufs les couvre-chefs sobres ou clinquants les pots de peinture • comme s’il fallait d’abord faire place nette • se débarrasser de miasmes • Wing et Wong • à moins que ce soient Wung ou Woï ? • visitant chaque pièce • aspergeant les murs • méticuleusement • d’une substance liquide • infecte et désinfectante • Woung • si tant est que c’est Woung • les équipant d’abord • vérifiant leurs masques • l’étanchéité de leurs masques • Wang • les bras chargés d’affaires • de boîtes en carton • défoncées • tenant encore mais par miracle • hurlant à tue-tête dans l’escalier à mesure qu’elle viderait le camion • déposerait en vrac • soi-disant n’importe où • ses affaires personnelles • ses guêtres de cuir et ses bandes moletières surchargées de poussières ses ceintures et ceinturons occupant le terrain • Wang • ou peu importe son nom • n’arrêtant pas • dans l’escalier • à chaque fois qu’elle s’y trouverait • en montant comme en descendant • de hurler des choses • mais lesquelles ? • comme si l’urgence était à hurler des choses • mais lesquelles ? • je ne sais pas • comme si l’urgence de Wang Wong ou Wouï ou toute la bande était d’occuper le terrain • de profiter d’une absence • courte ou longue • de qui se trouvait là • pour occuper le terrain • occuper une position • comme si Wun Wing ou Woï ou toute la bande • jusqu’ici • n’avaient eu voix au chapitre que dans l’ombre • ou dans les limbes • comme si Waï Wa et Wi et toute la bande • jusqu’ici • n’avaient eu d’existence qu’ailleurs • dans les limbes • ou avaient été • jusqu’ici • impalpables • sans odeur et sans goût • mais seraient maintenant prêts à défendre • jusqu’à la mort • la position qu’ils occupent • la maison qu’ils occupent • débarquant • nous autres • de nulle part • profitant d’une absence • ou tombant ici • par hasard • sans avoir rien demandé • nous trouvant d’abord dans les limbes sans savoir que nous serions dans les limbes • sans désir de quoi que ce soit • sans désir et sans conscience • ne sachant pas que nous serions dans les limbes • puis tombant là comme si • de toujours • nous aurions été là • occupant le terrain oubliant les limbes et portant des noms • comme s’il était impossible • ici • de vivre sans porter de nom • comme s’il était impossible de sortir de l’ombre sans porter de nom • comme si chaque chose et chaque être se devait de porter un nom • nous autres • alors • portant des noms • nous venant d’où ? • je ne sais pas • Woï recevant le nom de Woï dès que Woï • la fantômatique Woï • surgirait • Weï recevant le nom de Weï dès que Weï • le transparent Weï • apparaîtrait • Wong recevant le nom de Wong • je ne sais pas comment • je ne sais pas pourquoi • dès que Wong • le soi-disant Wong • apparaîtrait • Wang ayant d’emblée conscience du hasard • du fait que • par hasard • elle s’appellerait Wang plutôt que Wung • Wung • chargée d’angoisse • se demandant • la nuit • chaque nuit • sur sa paillasse • dans le dortoir improvisé • dans l’immense pièce • dans les cent mètres carré • s’il y aurait un plan • Wung remarquant • elle ne sait pas comment • un indéniable air de famille entre nous • "un indéniable air de famille entre nos noms" dit-elle • Wung se décomposant de jour en jour • partant à vau l’eau de jour en jour • tant le sommeil aurait quitté Wung • tant le plan • la question du plan • obséderait Wung • l’empêchant de dormir • Wung ne trouvant le sommeil qu’au petit matin • à l’heure où la bande se lèverait • à l’heure où Wan s’occuperait des œufs brouillés • à l’heure où Woï s’inquiéterait "des sautes d’humeur électriques" dirait-elle • pourrait-elle dire • disant "sautes d’humeur électriques" en lieu et place de "coupures électriques" comme si quelqu’un ou quelque chose de vivant grouillait • Wan • rangeant • quant à lui • ses provisions depuis des jours • ses boîtes de conserve cabossées • portant des fois des étiquettes • des fois pas • les alignant • méticuleusement • par taille • dans une armoire étiquetée à son nom • scellée par ses soins à la cire • haussant les épaules • disant ne rien comprendre à celles et ceux qui • alors qu’il y aurait tant à faire • ne feraient rien • passeraient des heures entières • matin midi et soir • "le cul sur leur chaise" dit-il • les yeux exorbités • Wan ne comprenant pas • quant à lui • comment Wung Woï et Waï pouvaient ainsi vivre "sidérés" dit-il •

(codicille : J’ai tenté plusieurs fois des aventures collectives. Pas dans le réel. Pas dans ma vie. Pas dans mon vécu. Je suis un sale rat dans ma vie. Un putain d’égoïste. Dans les mondes invisibles donc. Dans ce qui me vient et qui n’est pas là. Soi-disant pas là. Les mondes pas palpables mais bien réels. Pays des rêves. Pays des morts. Pays des entredeux. Les interstices intermèdes intermédiaires que parfois nos textes et nos paroles sont. Intermédiaires ou terrains de jeu entre "soi" et "le monde". Comme si on pouvait définir soi et le monde. Comme si on pouvait trancher faire la part des choses. Comme si "soi" le "monde" et les "intermédiaires" – ces espèces de peaux sensibles où vaille que vaille l’invisible prend corps à sa façon – pouvaient naître exister et mourir indépendamment les uns des autres. Comme si nos existences pouvaient avoir lieu dans le net et le limpide. Comme si nous n’existions pas dans le flou et l’énigme. Je m’égare je m’égare : pas là le propos. Même si. Mais bon. Revenant écrivant donc plusieurs fois déjà en 10 ans ou 15 ans sur des aventures collectives totalement inventées. Prenant bien sûr appui sur du réel mais venant aussi des mondes invisibles. Des fantasmes et pulsions ou des images et paroles issues des mondes invisibles – les miens ou ceux des autres : films vagues scènes se déroulant hors de moi et hors de ma vie des riens surtout des rebuts sans intérêt "ne faisant pas sens" –. Cela a parfois donné lieu à des livres. Cela a parfois aussi tourné à rien – rejoignant le tas sans cesse grandissant des "travaux en cours" –. Et puis maintenant il y a la bande des Woï Weï et Waï dont je ne sais pas du tout quoi faire. Qui m’est tombée dessus "par hasard". Il y aurait beaucoup à dire sur ce "par hasard". Mais peut-être pas le propos. Peut-être pas à propos. Une autre fois peut-être. Dans un autre codicille. J’ai hésité à entamer l’atelier d’été. J’ai trop de choses sur le feu. J’ai entamé l’atelier pourtant. Le cœur léger. Me disant : je ne vais pas développer un projet. Je vais juste répondre aux propositions. Légèrement. Sans me prendre la tête. Sans tenter de joindre les bouts. D’assembler. Agencer. Juste faire de la matière. Accumuler de la matière. Et voilà : Weï Wang et Wi sont nés ou nées comme ça. Comme si spontanément ou intuitivement quand je ne cherche pas à faire projet c’est une aventure collective qui demande à voir l’air. Je ne sais pas pourquoi. Ça ne m’apporterait rien de le savoir. Je pourrais dire comment. Ça m’apporterait de le savoir. Ce serait comme une enquête. Une énigme à résoudre : d’où viennent ces noms ? Ça pourrait être cela le véritable sujet de ce "roman" : me plonger enfin dans l’énigme des noms. Propres ou communs. Dans l’énigme de la phrase aussi. Dans l’énigme des mots et des paroles qui si l’on n’y prend pas garde scellent. Prennent si vite le pli de sceller. De dire totalement et définitivement le monde. De résoudre totalement et définitivement l’énigme du monde. Je crois que je rêve ceci : lire et écrire un "livre" – un machin chose fait de mots et de paroles un machin chose vaguement solide pouvant prendre l’allure d’un "livre" – d’un objet livre je veux dire – ou d’un tout autre objet – sonore ou visuel – composé de mots – qui mènerait l’enquête mais laisserait intacte l’énigme du monde. Un objet fait de mots qui ne résoudrait rien. Diable diable. Je pourrais écrire ça moi ? Je ne sais pas. C’est peut-être au-dessus de mes forces. C’est peut-être pour quelqu’un d’autre. Une personne plus vigoureuse. Une personne plus persévérante. Une personne plus au clair avec le monde. Plus au courant des aventures collectives réelles ou invisibles. Plus au fait aussi des remuements intérieurs. Impression à chaque fois que je m’y suis mis de n’avoir fait que fleurter effleurer en surface l’affaire. Si je m’y mets avec Wong Wou et Wo en sera-t-il autrement ? Ou l’affaire rejoindra-t-elle la vaste pile des "travaux en cours" ? Fin provisoire du codicille.)

ET 5. CECI EST UN PROPOS SUR WEÏ ET SUR SA BOUILLOIRE ÉLECTRIQUE


proposition de départ

• c’est l’histoire de Weï et de sa bouilloire électrique • il y a • dans la cuisine • Weï et sa bouilloire électrique • des fois • dans la cuisine • c’est :

• Weï ne passant le pain à personne • ne passant le beurre à personne • Weï ne quittant pas des yeux la bouilloire électrique • n’entendant pas les injures que profère Wang • ne voyant rien des crachats de Wung • Won s’emportant • une fois de plus • renversant • une fois de plus • les couverts et les assiettes • les tasses et les confitures • les jambons fraîchement coupés • faisant valdinguer les choses • les fromages et le lait • Win pleurant alors • une fois de plus • regrettant • une fois de plus • de passer le temps au milieu de cette bande • Win déplorant • une fois de plus • d’avoir "posé ses valises" • de s’être arrêté • "le mauvais jour" • par hasard ici • tout cela parce qu’il serait poli • tout cela parce qu’il serait passé • par hasard • devant l’immeuble • et aurait pensé • par hasard • à Wu • son ami Wu • l’homme aux mille fromages • Wan époussetant le pain • ou lui soufflant dessus • tâchant d’enlever • précautionneusement • la poussière • désirant "sauver le pain" • ne supportant pas qu’il "faudrait jeter le pain" • pariant sur le pain • le souffle et le pain • avançant l’idée que • de nos jours • le pain ne serait pas le pain • le pain serait étanche • imperméable • le pain ne pompant ni l’eau ni la soupe • le pain • de nos jours • étant lavable • ou essorable • la poussière souillant le pain disparaissant sous les jets d’eau claire • la souillure souillant le pain ne résistant pas à l’eau claire • chaude ou froide • le pain • de nos jours • étant mangeable dès qu’on le passerait à l’eau claire • chaude ou froide • "ou qu’on lui soufflerait dessus" • Wan • de nos jours • préférant • et de loin • lui souffler dessus • Wan • de nos jours • se méfiant • un peu • voire beaucoup • de l’eau • "quelle qu’elle soit" • comme si l’eau • de nos jours • "quelle qu’elle soit" • était pourrie • "invisiblement souillée" • invisiblement impropre à la consommation • "ou quelque chose du genre" • Weï ne se levant pas de table une fois que l’eau a bouilli • Weï ne quittant pas des yeux pourtant la bouilloire électrique • Weï ne perdant pas pourtant une miette du crépitement de la bouilloire électrique • Weï se confondant ensuite en excuses • disant des choses comme : "désolé désolé" • et : "j’étais au plus proche de la bouilloire électrique • physiquement et mentalement au plus proche de la bouilloire électrique • je n’entendais et ne voyais que la bouilloire électrique • j’ai entendu • distinctement • le crépitement de l’eau • je ne me suis pas levé de table • désolé • désolé Wang • c’est comme si • des fois • j’entendais et n’entendais pas • ou voyais et ne voyais pas • voilà • c’est ça : des fois j’entends des choses • les marteaux-piqueurs • la bouilloire électrique • les crépitements d’un poteau électrique • et j’aimerais dire : "voilà • j’entends maintenant les crépitements des marteaux-piqueurs • des bouilloires électriques • des poteaux électriques" • ce serait simple • mais non non et non • ce serait mentir • Wang • ce serait mentir • dire n’importe quoi" • dit-il • disant encore que ce qu’il entend quand il entend des crépitements de marteaux piqueurs • de bouilloires électriques • ou de poteaux électriques • serait quelque chose comme des crépitements de marteaux piqueurs • de bouilloires électriques • ou de poteaux électriques • mais ne serait pas des crépitements de marteaux piqueurs • de bouilloires électriques ou de poteaux électriques • "comme si ce que j’entendais ou voyais dans les choses n’était ni le bruit ni la rumeur des choses mais quelque chose de doux • d’extrêmement doux • ou comme une gueule se léchant le pelage" • dit-il encore • "tu comprends ? • tu comprends Wang ? • tu comprends ?" •

• d’autres fois • dans la cuisine • c’est autre chose • tout autre chose • l’histoire de Weï et de sa bouilloire électrique :

• Wung • en bout de table • étalant son beurre comme Wung étale son beurre • Wo • en bout de table • étalant son beurre comme seul Wo peut étendre son beurre • Wung saisissant son pain • finement tranché • à peine sorti du toaster • entre les doigts • l’empêchant de glisser • de valdinguer sur la table • Wo saisissant • elle aussi • son pain • tranché plus épais • toasté plus longtemps • entre les doigts • mais étalant son beurre à hauteur du visage • ne beurrant jamais son pain à hauteur de table • les doigts de Wo • saisissant le pain • ne se bornant pas à empêcher le pain de glisser • valdinguer sur la table • les doigts de Wo • comme ceux de Wi • soulevant le pain • la tranche de pain • la beurrant à hauteur de visage • Wi • en milieu de table • déjà en conversation • étalant son beurre comme Wi aime étaler son beurre • les coudes sur la table • le pain en l’air • comme Wo • mais les coudes sur la table • le pain finement tranché • souvent noir sur les bords • Wi • depuis l’enfance • beurrant son pain à hauteur de visage • Wong ne comprenant pas pourquoi • Wong disant à Weng ne pas comprendre Wi • Wong • observant Wi depuis des jours • les risques pris par Wi depuis des jours • Wi beurrant son pain coupé fin et toasté • fortement toasté • sans précaution • de sorte que : tous les jours les tranches de pain de Wi • fines et toastées à l’excès • volent toujours en éclats • se brisant • une à une • entre les doigts de Wi • Wi ne parvenant pas à porter en bouche une tranche intacte • Wi • tout entier à la conversation • se fichant de porter en bouche des tranches intactes • demandant à Wa si • aujourd’hui encore • il se serait levé le cœur inquiet ou grisé • n’envisageant pas que Wa se lève ou le cœur inquiet ou le cœur grisé • comme si Wa ne pouvait se lever qu’inquiet ou grisé • Weng n’écoutant pas Wong • n’écoutant jamais Wong • la folie de Wong • les délires de Wong • Weng étalant son beurre comme Weng • depuis l’enfance • étale son beurre • posant au couteau du beurre • une fine tranche • sur son pain • une fine tranche légèrement toastée • puis étalant son beurre au pouce • n’envisageant pas d’user d’un couteau • comme n’importe qui • n’envisageant pas d’étaler son beurre autrement qu’au pouce • ne prêtant l’oreille ni aux délires de Weng ni aux délires de Woung • la géante Woung repérant Weng • le timide Weng • tous les matins • la géante Woung prenant place • tous les matins • aux côtés de Weng • comme s’il était impossible à la géante Weng de s’asseoir • le matin • aux côtés de Wou ou de Woï • comme s’il était impossible • à la géante Woung • de "supporter les haut-le-cœur de Woï" • dit Weï • le cœur de Woï se soulevant dès que Woï sentirait le beurre fondu • le cœur de Woï "se retournant comme un gant" dès que Woï sentirait le beurre fondu" • dit encore Weï • incapable • des fois • de se concentrer • de prêter attention à sa bouilloire électrique • le crépitement des couteaux et des pouces étalant le beurre sur le pain • légèrement ou fortement toasté • l’irritant "au plus haut point" • le crépitement des couteaux et des pouces étalant le beurre "me laissant sur la touche • m’étendant pour le compte • la journée entière des fois" • dit-il encore • "tu comprends ? • tu comprends ? • tu comprends ?" • voilà • c’est tout • rien d’autre à dire sur Weï et sur sa bouilloire électrique •

(codicille : • des fois on dirait qu’il pleut • des fois ça sonne comme la pluie • pourtant c’est autre chose que de la pluie • des fois ça ressemble à une réponse à la proposition 4 mais ce n’est pas une réponse à la proposition 4 • ça en a pourtant l’allure mais non non et non : ceci n’est pas une réponse à la proposition 4 mais une réponse aux propositions 4 et 5 • parce que j’ai regardé écouté la proposition 5 avant de finir ma réponse à la proposition 4 • parce que la proposition 5 me tentait beaucoup • suscitait une forte envie • me disant alors "bah j’écris tout de suite une réponse à la proposition 5 • voilà • j’achève ma réponse à la proposition 4 en écrivant ma réponse à la proposition 5 et j’envoie le tout comme si c’était à la fois mes réponses aux propositions 4 et 5 • sinon : je ne sais pas si des modèles filmiques ou littéraires traînent derrière cette "image" • peut-être pourtant des modèles filmiques ou photographiques où les gestes des protagonistes • leur lente façon de bouger le petit doigt • ou de tourner la cuiller dans leur soupe • occuperait tout le terrain au détriment de l’action • peut-être aussi cette envie folle de "sauver ce qui fuit ou disparaît" • sauver ce qui n’a soi-disant aucune consistance ou aucun intérêt • faire en sorte que ce qui soi-disant n’a aucune consistance ou aucun intérêt prenne soudainement de l’ampleur à défaut d’avoir un sens • faire comme si ce qui n’a aucun sens en avait • il doit y avoir des films et des livres qui font cela à merveille • les livres de Robert Walser je pense • certains d’entre eux en tout cas • voilà voilou • c’est tout pour aujourd’hui •)

CECI AURAIT PU ÊTRE L’HISTOIRE DU PETIT WEÏ ET DE SON CHIEN RATO


proposition de départ

• ceci aurait pu être l’histoire du petit Weï et de son chien Rato • ceci aurait pu dire comment un jour une fois il y a le petit Weï • il est en ville • c’est tard le soir • c’est un dimanche • il pleut • il fait déjà noir • il est temps de rentrer • il s’installe dans la voiture • c’est à l’arrière • il se retient de pisser • il pense à Rato • c’est son chien • il dit à sa mère : "non • allons-y • pas besoin de pisser • pas besoin de pisser" • puis ils y vont • rentrent chez eux • quittent la ville • une grosse envie de pisser dans le ventre de Weï • un grand mal au ventre dans le ventre de Weï • se contenant comme il peut • ne regardant pas la pluie • faisant comme s’il faisait jour • faisant comme s’il faisait bleu • tâchant de faire tout ce qu’il peut pour oublier la pluie • tenant bon • des heures durant • jusqu’à la maison • etc. • etc. • ou ça aurait pu être autre chose • l’histoire de mes lunettes et des yeux • maintenant • ça aurait pu dire comment mes lunettes ne s’habituent pas à mes yeux • ça aurait pris le temps d’exposer toute l’affaire • d’explorer les placards • les arrière-boutiques • passant le torchon sous les meubles • exposant les rouages • l’enchaînement des choses • des événements • ne négligeant rien • aucun détail • n’hésitant pas • s’il le fallait • à dire comment • des années durant • aucune histoire de lunettes et d’yeux ne serait venue tant • des années durant • je n’avais • personnellement • aucune raison de dire quelque chose • une histoire • pas un fait intéressant • pas un fait lourd de sens • à propos des lunettes et des yeux • disant juste que • des années durant • je n’avais pas besoin • personnellement • de porter des lunettes • tant mes yeux • des années durant • auraient percé les murs • tant mes yeux • des années durant • ont percé les murs • voyant en tout cas • des années durant • des choses minuscules traversant les routes la nuit à cent mètre • droit devant • un animal • pas plus grand qu’un renard • traversant la route à cent mètres droit devant • à peine visible • droit devant • mais visible pour moi et mes yeux de lynx capables de repérer la moindre chose • grande ou minuscule • de loin comme de près • des années durant • sans aucun souci • comme s’il y avait un intérêt à dire • un intérêt à lire • ces confessions intimes ou intimistes • comme si raconter des choses • des histoires • consistait juste à dire • à laisser filer • au petit bonheur • tout un flux de paroles s’enchaînant l’une à l’autre • sans raison • ou soi-disant sans raison • comme si raconter des choses • des histoires • consistait à ouvrir parenthèses et basta • une parenthèse s’ouvrant subitement dans une parenthèse mais ne se refermant pas • ou se refermant tellement loin • dans le temps comme dans l’espace • que personne ne se souviendrait de comment tout cela aurait commencé • m’engageant • personnellement • avec joie • à cœur perdu • dans un récit tournant court • tout ce que j’avancerais tournant court • n’en finissant pas • au hasard • en fonction des mots • des situations décrites ou des échanges rapportés • de virer ailleurs • sur un autre plateau • dans une autre histoire • n’ayant des fois rien à voir • rien de rien • les mots • les situations décrites • ou les simples échanges • ou juste une phrase • quelque chose d’entendu à la radio • quelque chose de lu dans un livre • tôt le matin • au petit déjeuner • étant toutes et tous susceptibles d’emporter le récit ailleurs • dans des zones invisibles • à mille lieues du visible • dans des zones irréelles • à mille lieues des réelles • comme si • avec le temps • à force de partir • disons partir • soyons simples • simplifions-nous la vie • disons partir • voilà c’est dit • comme si • avec le temps • à force • pan • de me lancer à l’eau • de balancer à la flotte n’importe quoi • le moindre petit bout de plastique • le moindre son de frigo se mettant en route • il n’y aurait • fondamentalement • pas de différence entre le visible et l’invisible • l’intérêt et le non-intérêt • le réel et l’irréel • comme si • à force de m’y mettre • de cracher dans mes mains • les distinctions entre les mondes • visible et invisible • réel ou irréel • n’avaient plus vraiment cours • étaient comme fallacieuses • sonnant faux • désespérément faux • tant les flux de paroles • l’enchaînement continu des événements • des images mentales • réelles ou irréelles • n’aurait servi qu’à ça • remettre sur la table • questionner • des distinctions ne tenant pas la route • ne faisant pas le poids face au réel • ou au cambouis • la réalité du travail • les distinctions • bien souvent usuelles • verrouillant l’affaire • l’empêchant • bien souvent • de prendre de l’ampleur • de déployer sur la page • ou l’écran • ou dans l’air • simplement dans l’air • tout un objet • toute une course • non que le but de l’affaire serait de rendre compte d’un objet ou d’une course • ou de dresser le portrait de quelque chose ou quelqu’un • non que le but de l’affaire serait • au bout du compte • en bout de course • de boucler l’affaire • de faire comme s’il était possible • au bout du compte • en bout de course • de boucler l’affaire • de faire comme si • au bout du compte • en bout de course • il était possible de faire le tour • d’avoir fait le tour • comme s’il était possible que l’affaire prenne fin • se boucle et basta • comme si l’affaire prenait fin pour d’autres raisons • objectives • que l’immense fatigue m’attendant au tournant • me tombant sur le râble • chaque fois que • personnellement • j’essayerais d’insuffler au flux quelque chose comme un ordre • ou un sens • une direction • comme si tout cela • toutes ces choses brassées • ces événements convoqués • ou inventés • ces projections sur l’avenir • ne pouvaient vibrer que sauvages • comme si tout cela n’avait de sens que sauvage • comme si toute ma vie écrite n’avait de sens que sauvage • toute ma vie écrite • quand je lui donne forme • ne faisant sens que sauvagement hilare • partant à la dérive • se laissant emporter par les vents • comme une bâche plastique • immense et lourde • soulevée de terre par un vent contraire et flottant dans l’air à dix mètres • au moins • de hauteur • comme si n’importe quelle chose pouvait être ainsi soulevée de terre • n’importe comment • et flotter un peu • comme si ne comptait en bout de course que cela : soulever des choses et des êtres et les faire flotter • quelque part • au-dessus des tarmacs et sous les nuages • les romans n’étant peut-être pas autre chose que ça • des tentatives de faire flotter en l’air des êtres et des choses • des événements • des tentatives de rendre visibles des choses et des êtres • des événements • invisibles • des images mentales s’enchaînant l’une à l’autre • au hasard • en fonction du bonheur • de la joie ressentie à vivre enfin en animal ou en plante s’adaptant au sol • au territoire • sur laquelle elle pousse •

• la nouvelle • plus énigmatique • ou plus mathématique • rapportant la même chose • l’histoire de Weï et de son chien Rato • ou l’histoire de mes lunettes et de mes yeux • rien • ici • ne partant à la dérive • se contentant de tourner • énigmatiquement • autour de la situation • rien d’autre • multipliant les couches mais sautant parfois du coq à l’âne • lançant des fulgurances • puis bouclant la boucle • et puis basta • ou quelque chose du genre •

(codicille : d’habitude j’écoute et regarde les vidéos de François puis je les laissent reposer, des fois un jour, des fois deux jours, sachant que le travail se fait la nuit, durant mon sommeil, sachant qu’un jour au matin, dans un jour ou deux, je me réveillerai et que l’idée et l’envie seront venues la nuit, durant le sommeil, sans que j’y réfléchisse, sachant qu’un jour, dans un jour ou deux, tout sera limpide, ou à peu près, entamant alors l’écriture, des fois dans un carnet, des fois sur l’écran, me laissant porter par l’affaire, tâchant de contrôler le moins possible, ça part des fois à la dérive, ça aboutit des fois à quelque chose, pas grave si ça n’y arrive pas : le lendemain, je recommence) (ici : je crois que j’ai saisi la proposition de François comme une espèce d’opportunité de mettre en mots, ou d’inventer, ou de reprendre, réinventer, comme un "art poétique", une façon perso de se frotter à la réalité et aux rêves, une façon de rouvrir l’espace, de rouvrir mon esprit perso) (cette envie d’écrire cet espèce de "petit art poétique" m’est venue, je crois, d’un livre que je lis pour l’instant : Voyager dans l’invisible, de Charles Stépanoff, un livre sorti l’année dernière, un livre conseillé par François, un très grand livre)

CECI EST L’HISTOIRE DE WU ET WON ET DE LEUR OMELETTE AU CRABE


proposition de départ

• du dehors : c’est dans la rue • dans un snack à omelettes au crabe et dans la rue • d’abord dans le snack à omelettes au crabe puis dans la rue • il y a • d’abord • dans le snack à omelettes au crabe • une omelette au crabe • une seule • préparée avec soin • préparée avec art • c’est la première du jour • c’est une fois qu’on serait dehors • les mains de Wu s’en saisissent • les mains de Won s’en saisissent • Wu disant que • le matin même • il aurait rêvé • juste avant le lever du jour • d’une omelette au crabe • se réveillant alors omelette au crabe en tête • se brossant les dents omelette au crabe en tête • choisissant avec soin son linge et petit linge mais omelette au crabe en tête • acquiesçant • machinalement • à tout ce que Wi lui dirait • à tout ce qui déferlerait en Wi • dans le crâne de Wi • Wi se demandant des fois • dès le petit déjeuner • si aujourd’hui enfin nous arriverons à être à la hauteur ou si aujourd’hui encore nous nous distendrons dans l’air • Wi se demandant encore quel grand fleuve nous alimentera • quel grand fleuve nous amaigrira • Wu faisant m de la tête • puis déferlant avec nous en rue mais omelette au crabe • omelette au crabe • omelette au crabe en tête • les mains de Wu se saisissant • alors • vivement • dans le snack à omelettes au crabe • de l’omelette au crabe • préparée avec art • préparée avec soin • sans demander d’avis • les mains de Won se saisissant • elles aussi • tout aussi vivement • dans le snack à omelettes au crabe • de l’omelette au crabe • la même que Wu • préparée avec soin • c’est la première • la première de la journée • la première depuis des jours • Won rappelant que • pour sa part • il avait pleuré • tous les soirs • trente-six jours durant • les omelettes au crabe • déclenchant des bagarres • tous les soirs • trente-six jours durant • Wun • dans le dortoir improvisé • n’en pouvant plus des pleurnicheries de Won • Wun • dans le dortoir improvisé • rouant de coups Won • tous les soirs • trente-six jours durant • lui crachant à la gueule • Won • étendu pour le compte • sur le dos • tâchant de parer les coups • comme il peut • n’arrêtant pas dire • comme il peut • que tout de même tout cela serait fort • prenant à partie • les Wa Woï et Weï • les Wung Wang et Wong • toute la bande • allongée dans le noir • tâchant de dormir • comme elle peut • bien emmitouflée • par terre ou dans la table • les quatre fers en l’air • retournée pour la nuit • comme s’il était possible de dormir • de passer tranquillement une nuit • alors que les coups pleuvent • alors que Won • le camarade Won • désespère de revoir un jour le snack à omelettes au crabe • la douceur des omelettes au crabe • ce mets délicat • préparé avec art • dans la rue • dans le snack aux omelettes au crabe • manquant • tous les soirs • à Won • Wu tirant à lui l’assiette • intensément • Won tirant à lui l’assiette • intensément • "comme deux chiens fous affamés • comme si nous avions crevé de faim • trente-six jours durant • comme si nous avions dû • trente-six jours durant • nous serrer la ceinture • comme si nous avions soupesé • tous les jours passés ensemble • dans l’appartement • le dortoir improvisé • le moindre petit pois • ravalant toutes et tous nos envies de meurtre • comme si nous avions dû • tous les jours passés ensemble • prendre sur nous • contenir nos rages" dit Wang • celle que l’on nommerait Wang • la vieille Wang ou la pommelée • tâchant • comme elle peut • de contenir Wu • le tirant par le bras • l’invitant à prendre distance • "comme si plus rien n’avait court • comme si • une fois dehors • il fallait être chien • Wu • un soir • à l’intérieur • ayant maintes fois offert à Won sa série de petits pois ses pommes de terre du jour et ses carottes • Wu n’hésitant pas à crever de faim • maintes fois de suite • en raison de Won • du malheur de Won • Won • un soir • à l’intérieur • consolant Wu • le tendre Wu • se demandant combien de temps encore à vivre ainsi • à l’intérieur • à être ainsi comme une chose perdue ou égarée • Wu se demandant encore si nous ne serions pas • à tout hasard • condamnées et condamnés à vivre éternellement parmi les choses défuntes" dit Weng • celle que l’on nomme Weng • la sèche Weng • tirant la manche de Won • l’invitant à prendre distance • à cesser d’être chien • Wu et Won ne lâchant pas l’assiette • Wu et Won faisant fuir les clients • se crachant amplement à la gueule • "allons Wu • allons Won • Wu et Won • les meilleurs amis du monde • se crachant à la gueule" dit Weï • prêtant main forte à la vieille Wang • "allons allons • Wu et Won • de la bagarre • pour une omelette au crabe • vraiment • vraiment • que vont penser les gens • que vont penser les gens" dit Wi • prêtant main forte à la vieille Weng • tirant comme elles peuvent l’immense Won en arrière • puis le prenant par les épaules • tâchant de lui ôter l’assiette des mains • Wu et Won se défiant encore • des heures après • dans le snack • assiette en main • bien après la fermeture • Woï leur demandant d’éteindre et de fermer à clé en sortant • Woï • la cuisinière • l’experte en omelette au crabe • ne tenant pas à y passer la nuit • ne tenant pas à attendre que Wu ou Won lâchent l’assiette • Woï les laissant seuls • la nuit • dans le snack • et rejoignant la rue • "ses bandes de chiens errants • ses coups de feu bien placés • ses bâtons de dynamite dans le trou des serrures" dit encore Woï • la vieille Woï • ayant oublié • une fois de plus • d’ôter son casque d’aviateur en cuir et ses lunettes de soudeur • sa panoplie de cuisinière de choc • "ma panoplie de cuisinière de choc" a-t-elle dit une fois à Wouï • il y a dix ans • ou dix mille ans • c’était dehors • dans la rue • de nuit • dehors et dans la rue • juste après que la vieille Woï avait fermé boutique • cela n’a rien à voir avec Wu et Won et leur omelette au crabe • cela finit pourtant l’histoire de Wu et Won et leur omelette au crabe •

(codicille : tu as montré un livre de Daniil Harms et j’ai plongé dans Daniil Harms • me suis rappelé ce que j’aimais dans Daniil Harms et ce que j’aime dans Daniil Harms • ses petites horlogeries précises et mathématiques • superbes machinations créant comme un filtre un voile ou une distance entre soi et le réel • entre soi et soi • entre le réel et la réalité • j’aime ces abstractions • elles ont été • il y a • mm • trente ans • waw déjà ? • l’une des origines de mon désir d’écrire • de m’y mettre à mon tour à ces bazars de langue de rythmes et de situations • ici • pour cette proposition-ci • ai tenté • pour une fois • d’être à mon tour implacable et mathématique • j’espère y être arrivé un peu • à tout vite pour la suite •)

CECI EST LA VIE DE WON WAN ET WU JUSTE AVANT LEUR SORTIE


proposition de départ

• ceci est la vie de Won Wan et Wu juste avant leur sortie • leur grand retour au monde • ceci est ce que font disent et pensent Waï Woï et Wi • juste avant leur sortie • leur grand retour au monde • Weu Weï et Wé commençant • comme les autres • leurs journées dans leur chambre • leur dortoir improvisé • leur cuisine dortoir • désespérant dès le matin qu’encore une fois ils ne sortiront pas • ne traqueront pas encore aujourd’hui le grand poisson • la fourmi rouge et le bœuf en sauce • Waï disant que • cette nuit encore • dans ses rêves • il aura chassé le bœuf en sauce au supermarché • Won repliant avec soin sa couverture miteuse disant avec soin que • une fois dehors • la première chose qu’il fera sera de creuser un trou dans la steppe • un trou large et profond • un trou où se planquer • un trou pour bien vivre • Wan • s’étirant sur sa paille • disant que • une fois dehors • la première chose qu’elle fera ce sera : 1) s’approprier un coupon de métro • 2) errer ensuite huit jours durant avec lui dans sa poche • 3) le tâter sans fin dans les files du supermarché • 4) retrouver ainsi • mais peu à peu • l’abondance • le goût du luxe • le goût de l’abondance • l’énergie sans limite du monde • Wu • préparant son bol de céréales • disant que • une fois dehors • il ferait le contraire • s’allierait aux grands singes • prendrait le parti des poules • tâcherait • pour toujours • de couvrir de planches le museau des rats morts • des pensées et des rats morts • Wu rêvant cette nuit encore du monstrueux poisson • du dos des vaches et des mouches noires tannant nos âmes • Wu rêvant toutes les nuits du monstrueux poisson du dos des vaches et des mouches noires tannant nos âmes • Wu rêvant toutes les nuits mais ne se rappelant de rien • se fichant bien de rappeler de ce qu’il rêve • pensant déjà à sa création de midi • à ce qui flottera dans l’huile le beurre et l’émincé de carottes • disant des fois que le sommeil est un cloaque • disant des fois que ce qu’il redoute le plus au monde est que la nuit allonge ses bras • Wi dénudant ses chevilles • enlevant ses chaussettes • vivant pieds nus de jour • vivant chaussée de nuit • rêvant • quant à elle • de revivre un peu "le ventre au soleil" dit-elle rangeant nos paillasses dans nos armoires • dans nos casiers de métal • trouillant à mort que nous soyons fauchés • tout bientôt fauchés • sans avoir revu le fond de la cour • les outils du fond de la cour • les scies et les marteaux • les clous du fin fond de la cour • Weï n’arrêtant pas de se toucher l’oreille gauche • n’écoutant rien de ce qui se dit autour de lui • comme s’il était seul au monde • tant le préoccuperait son oreille • ce qui se déroulerait dans son oreille • le drame de son oreille • quelque chose ayant dû pondre quelque chose dans son oreille • quelque chose ayant dû prendre place • provisoirement • dans son oreille • Wu • n’écoutant rien • pensant d’abord : "Le silence et la mort sont des leurres" • puis pensant encore : "Un jour les peuples sortiront" • puis : "Fini de traquer les bêtes dans les armoires dans les éviers" • Weu recommençant alors sa ronde • inspectant tous les coins • tous les étages de la maison vide • ne voulant pas finir comme ça • dans le fumier de cheval ou dans le vent terrible • se disant qu’il conviendrait d’arrête de manger tous les jours • matin mide et soir • des pâtes tièdes et sans consistance • des pâtes molles et sans consistance • rêvant de tes omelettes au crabe • de tes lunettes de soudeuse • de tes longs gants de cuir • de tes ustensiles de cuisine à manche démesuré • n’en pouvant plus de traquer les mouches • son esprit n’en finissant pas de se désagréger • Woï insultant les rapaces • leur montrant les dents et le poing • les invitant à déguerpir • d’arrêter d’épier nos vies sans ressort • "ou je battrai vos dos • impunément" • dit-il • tandis que Wé grimpe sur une chaise • tandis que Wé met à sécher le linge • c’est au-dessus de Woï • au-dessus de sa tête • c’est un grand drap de lit • il sèche au-dessus de sa tête • il fait de l’ombre sur sa tête • il se déploie dans les airs • il s’agite un peu puis beaucoup • il fait dire à Wo : "l’inertie et l’idiotie finiront par avoir notre peau" • il fait acquiescer nos têtes • il sent l’œuf pourri • Wa constatant pour elle-même que nos traits s’affinent • Wun disant pour elle-même : "comme c’est fou : la bonté transparaît sur nos visages • la beauté nous manque" • et : "quelle chance • quelle chance • aujourd’hui encore les moustiques ivrognes ont ignoré mes mains" • Wo pensant alors : "de nos jours l’intelligence ne court plus les rues • pas vrai Wan ? • pas vrai Won ?" •

codicille : aurais voulu que tout le texte balance comme il le fait à la fin parce que perso ça me donne envie d’écrire des textes qui balancent comme celui-ci commence un peu à faire à la fin mais une chose à la fois n’est-ce pas ça viendra peut-être plus tard en cours d’atelier on verra comme on dit) (voilà) (c’est tout) (belle journée à toutes et à tous et je croise les doigts pour que ça se passe comme vous le souhaitez lors de cet atelier d’été) (la bise


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Messages

  • ceci est la vie de Won Wan et Wu juste avant leur sortie Quelle fête ce texte, fête du rythme, fête de l’invention : "l’énergie sans limite du monde". Beau comme un bel orage d’été.

  • a bin a bin, tout heureux d’avoir eu l’effet d’une pluie drue d’été ! haha ! merci pour ce retour, Ariane ! des bises à vous !

  • ... à mon oreille, ça pulse du début à la fin et puis trouvaille géniale, ces points pour rythmer visuellement et musicalement l’ensemble ; ça m’a rappelé - non sans un certain sourire avec le recul parce que sur le coup je m’y étais arraché les cheveux - le &qgbsnpb etc... des blancs de Roubaud dans Pousser la langue ; le souvenir, toutefois, que les blancs me laissaient en suspens alors qu’ici, entre deux points, à chaque fois, il y a la sensation que tout est là - un point une image une histoire un point une image une histoire un point une image une histoire un point... je ne peux même pas dire qu’il y en ait une qui me plaise plus que les autres, tout me parle - si, tout de même, il y a ce • disant des fois que ce qu’il redoute le plus au monde est que la nuit allonge ses bras •...

  • Et moi qui me demandais si je n’abusais pas trop avec mes tirets, comme une façon de couper l’herbe sous le pied à l’inénarrable bloc-paragraphe, me voilà rassuré avec les innombrables points. Sauf que, eux, ils vont jusqu’à couper l’herbe sous le pied de la phrase. Par bloc de sens, non ? Des blocs de sens superposés, trois pour le prix d’un à lire Christiane : « un point une image une histoire » (bien vu). – Après, tous ces points, moi, ça m’a sauté aux yeux. Ça me fait l’effet des Stop incessants, du temps du télégraphe, enfin pour ce que j’en sais avec les chefs de gare dans les westerns – et du coup, puisque j’associe au film, c’est comme une pellicule qu’on déroule : un point un plan une séquence (je copie, pardon Christiane), même le « dit-il » isolé, quand la caméra se retourne sur le narrateur soucieux de ce qu’il dit. – Et les noms, combien y en a ? Un par personnage, ou c’est le même W… dont le nom est légion ? C’est assez diabolique comme système. Et pour un peu, j’y apparaissais ! – Je ne sais pas à quel moment, pour l’auteur, la fin balance mieux qu’au début, mais est-ce que ce ne serait pas avec ce Tu : « tes omelettes au crabe », « tes lunettes de soudeuse », « tes longs gants de cuir », « tes ustensiles de cuisine à manche démesuré » ? Quatre petits tours et puis s’en va… C’est qui celui-là, un des W… ? Ou c’est celui qui lit qui y est ? – Bref, merci !

  • Coucou Vincent. C’est bien le même Vincent ? Le même Vincent qui transpire sous soleil namurois ? Qui disparait derrière un masque dans une gare ? Qui m’a vu disparaître derrière un masque dans une gare, qui m’a vu suer sous le soleil namurois ? C’est à lui que je m’adresse, à ce Vincent là ! "Vincent là dis" : depuis ma synesthésie natale, j’admire une partition graphique superbe (tu sais combien j’aime ça) en devenir, puis j’entends la voix du Vincent pas virtuel qui récite point par point cette litanie, ce talisman narratif de mage taoïste wallon, et les sons se déclenchent dans ma tête. Une musique arithmologique. Ca sonne fort, part loin. J’écoute cette lecture et je prends plaisir à gouter l’omelette, le crabe, la pluie de gnons, la quantique du verbe, j’évite de justesse le glaviot. Merci pour ce plaisir du soir !

  • a bin dites donc ! Christiane, Will, Gauthier ! grand merci pour vos retours et commentaires ! Will : promis : il y aura, cet été, une histoire avec Will ! haha ! et pour les gros points : en fait, je suis très en froid avec la ponctuation, n’arrivant pas à me décider alors les gros points me sont un jour tombés dessus, comme une évidence ! une rythmique évidente ! et ce que vous en dites me rassure ! haha ! et puis : Gauthier : oui oui, c’est plus ou moins le même Vincent qui a traversé une gare avec toi en portant sur le bout du pif un masque ressemblant à un slip ! haha ! belle journée à vous trois !

  • Vincent, tu portes le slip avec élégance ! Et quant à ta ponctuation, elle m’inspire beaucoup de liberté, merci. Tu sais que j’aime le langage visuel, graphique tout autant que la sonorité de chaque mot, l’apparition du sens et de la vie à chaque phrase, paragraphe et chapitre. Le Verbe des créateurs... briser la langue, les codes, fracasser son élocution. Gauvreau, JM, Dom, Antoine, toi… vous écrivez vos recettes autant dans le sens que dans la dégustation orale, vous mâchez, sucez les os bruyamment, faites craquer pois et céleris sous le dent, fouettez l’air afin de lui donner un peu plus de consistance. Je me rends compte que personnellement, je prends une voie impressionniste, sensible. Sans le vouloir, je traite le mot comme mes sons et vidéos, dans la transmission de ressentis. Je verrai si ça fonctionne, peut-être pas, mais l’idée de base fait sens. Mais j’en reviens à ce que je disais : ta manière de travailler me donne l’envie d’oser…

  • Grosse claque Vincent, je me sens connecté à ce texte =>

    "à force de m’y mettre • de cracher dans mes mains • les distinctions entre les mondes • visible et invisible • réel ou irréel • n’avaient plus vraiment cours • étaient comme fallacieuses • sonnant faux • désespérément faux • tant les flux de paroles • l’enchaînement continu des événements • des images mentales • réelles ou irréelles • n’aurait servi qu’à ça • remettre sur la table • questionner • des distinctions ne tenant pas la route • ne faisant pas le poids face au réel • ou au cambouis • la réalité du travail • les distinctions • bien souvent usuelles • verrouillant l’affaire • l’empêchant • "

    Tu me fais penser au ressenti, à la boule de joie au creux de l’estomac, lors de la lecture de "Mille Plateaux" (dont nous avons parlé je crois), ce livre écrit à un moment précis, avec un début et une fin, et corps central aléatoire, qui se réécrit pour chaque lecteur, à chaque lecture. C’est fini et ouvert, publié et pourtant toujours en cours de pensée. Me tête explose, c’est reparti de plus belle !

  • Ah cette énergie, ah ce lâcher-prise, j’aimerai beaucoup ...

  • Vincent,
    Beau texte, le 1 ! (pas encore lu les autres)
    C’est comme un manège, on est pris, secoué, la tête à l’endroit, à l’envers, on attrape, on redescend, et il reste quelque chose quelque part, on ne sait pas tout à fait quoi, mais c’est là.
    Merci.

  • n’ose pas commenter d’ordinaire mais là, la bouilloire de Wei (et puis le beurre) ... bon sans aucun rapport, ni de talent, ni de ton, ni d’histoire, me donne envie de reprendre mes soupes et potages (bon c’est idiot parce que pas grand chose à voir — sauf peut-être pour moi — mais c’est

  • Hé ! Grand merci Caroline, Annick et l’inconnu inconnue des soupes et potages ! Grand merci pour vos commentaires : ils m’aident à "mettre le texte à distance" et c’est hyper précieux : dans ce "projet d’été", je ne sais vraiment pas où je vais, je ne prends pas recul et même les soupes et potages m’aident à "filtrer les choses" : rien que de savoir qu’une affaire absurde de bouilloire peut donner envie à d’autres de replonger dans des affres culinaires, eh bien, je me dis que tout est alors possible ! Merci merci ! Belle journée/soirée à vous trois !

  • Waouh, quel travail. Tu as réussi à rendre ce travail très poétique. Et moi, je pense, en mon for intérieur, que tu peux très bien (tenter) d’écrire ce machin livre qui cristallisera tout. Et tu n’es pas un rat égoïste (ou tu le caches bien). Beau dimanche.

  • J’ai lu le texte 6, en rythme, moi même sidérée. Tant de vitalité dans cette écriture . Puis les codicilles, et là aussi belle matière à réfléchir, à relire. Il faut aussi regarder la forme des textes,le rythme des W, étonnant ! Sûr je repasserai par içi. Bon dimanche.

  • Superbe deuxième texte !
    Energie, douceur et douleurs, poésie, inventivité.
    Plaisir de lire.

  • Jérémie, Annick et Annick : c’est formidable d’avoir des lectrices et lecteurs comme vous : ça donne envie d’oser, de pousser le bouchon plus loin, même si je ne sais pas encore pour en faire quoi ! Beaux cadeaux que vos mots encourageants ! Je vous embrasse ! Belle fin de dimanche !

  • Ai pensé à toi aujourd’hui. C’était sur la place du Marché. Deux jeunes casquettes baskets trainings bananes en bandoulière. Deux jeunes parlaient d’un certain "Wèch". Ton influence sur la culture populaire ne cesse de croître.

  • Bonjour Vincent, à mon tour de te saluer. Merci pour ton message, ça m’a fait plaisir. Je fais la course dans le peloton de queue pour l’instant mais ce n’est pas désagréable. Magnifiques tes textes. Quel plaisir de te lire. Au plaisir de te voir "en vrai" un de ces jours. Anne

  • Mazette, c’est très fort ce que tu as écrit ! Rythmé, puissant,...

  • Admirative de tes textes et de la manière dont à la fois s’ouvre et s’affirme ta voix au gré des propositions de François.
    J’adore et je vais méditer ton dernier codicille (#8)

  • a bin merci pour ce retour et tout content que ce codicille te donne du grain à moudre ou à méditer. pour ce qui est de "la voix" : me dis, pour cet été, que je vais essayer d’y aller "à fond" : je veux dire : profiter de chaque proposition pour booster à fond une idée, une façon de parler, etc., sans du tout me soucier de "faire un tout cohérent", sans du tout me casser la tête avec tous les fils, toutes les ficelle à rassembler : n’ai tout simplement pas le temps de le faire ! prendre, dès lors, les propositions de François comme des possibilités de gagner "en liberté", "en tessiture", "en strates diverses", rien d’autre... travailler le plus léger possible, en somme... aucune importance de savoir où ça va, pourrait aller, pourrait mener (pas le temps, non plus, de me poser ces questions : trop de boulot par ailleurs)... belle journée à toi.

  • Des pti’ts bouts de papier, sans dessus dessous, et zou voilà un monde, une route que tu éclaires, et nous la voyons,
    ben oui le monde est rond et on ne cesse de ne pas y penser, heureusement tu nous le redis,
    visage qui sourit,
    C

  • Plaisir à me laisser surprendre une fois de plus... et puis ce codicille - la cerise sur le gâteau, que de pistes à explorer - merci de ce partage... en attente de voir par où la #9 sortira !

  • #10
    Absolument geniale cette 10 ! Souvent peur d’être en dehors, vous trop jeunes, trop intellos, trop cultivés... Mais happée par la musicalité du premier texte et les personnages font images et plans et ça fonctionne toujours. Etonnement. Puis codicille et rester dans la musicalité d’avant mais pour semblant de reel, de votre quotidien raconté et référence à Daniil Harms dont la lecture n’arrête pas de m’ébahir, comme ta façon d’écrire. Bref, merci.

  • Hé ! Merci de vos mots, Christiane, Anne !

    Et pour tout dire : la cinquantaine bien frappée, c’est pas si jeune que ça ! Haha ! Et puis puis : intello uniquement quand je suis rasé de près et que je porte mes lunettes ! Et puis : content que Daniil Harms te plaise autant : c’est vraiment l’une de mes "marottes", ce Daniil Harms : y reviens toujours (de même que Michaux, Savitzkaya, David Lynch, Gertrude Stein et depuis peu d’années la gnose, les écrits gnostiques, les "vieilleries" (genre : tragédies grecques, Homère, textes issus d’autres cultures, d’autres façons de raconter) : je les oublie pendant des années, des fois, et puis, tiens, par hasard, je les relis, regarde et c’est souvent un grand bonheur, comme si je retrouvais de vieux amis ! au fil du temps, ça me donne l’impression qu’un tout petit cercle de textes et de façon de faire me nourrit énormément : impression que je pourrais vivre sur une île déserte avec juste quelques éléments comme ceux-là !

    voilà : c’était la "confession du jour" ! haha !

    je vous embrasse toutes les deux !

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