le collier perdu de Badr


À Paris le midi, je retrouve Fabrice Cazeneuve. Dans la discussion : des 4 films de 52 minutes qu’on a fait en 10 ans avec Arte, 3 concernent les ateliers d’écriture. Arte aujourd’hui ne produirait plus ce genre de travail, et Thierry Garrel est parti. S’ils les plaçaient dans leur banque VOD, enseignants ou autres pourraient les télécharger. Mais s’ils ne le font pas, pourquoi ne pas les proposer directement au visionnage sur publie.net ? Donc on va le faire. Puis Bagnolet, les deux classes de seconde du lycée Hénaff et l’équipe, les deux enseignantes, les deux documentalistes. Essais micro, mise en place, ils ont bossé au lycée, et en fond on projette les photos et portraits pris pendant les séances d’écriture. Dans les textes que je lis, celui de Badr : « Il a toujours été là, à mon cou. Il m’a accompagné à maintes reprises. Il a toujours été là. Cela est différent maintenant. Je ne l’ ai plus. Je l’ai perdu à la campagne au Maroc. Il est tombé dans la paille sur le sol. Lorsque j’ai fumé ma première cigarette, je l’avais à mon cou. La première fois que j’ai conduit en cachette la voiture de ma mère, je l’avais. Le premier baiser échangé avec une fille, je l’avais. Ce collier m’est si précieux. Il correspond à une époque rebelle de ma vie. En quelque sorte, il est une partie de moi-même, la partie imprudente mais innocente de moi-même, car à présent je suis prudent mais plus innocent. Mes bêtises ont changé de style et de gravité. Petit je volais des bonbons, maintenant je me fais courser par les chtars. Ce collier est bien loin à présent. Quelqu’un doit l’avoir ramassé, un campagnard. Cela me fait rire de penser qu’un petit paysan au bled porte mon collier, sûrement un pauvre, le pantalon et le tee-shirt déchiré, les pieds sales. Cette personne ne se doute pas de la valeur qu’il a à mes yeux. En fait, ce collier représente toute mes première fois. Chaque chose que je faisais pour la première foi, j’avais mon collier. Au bout de ce collier, il y avait une étoile noire très belle. » Ce qui renvoie à la discussion concernant les résidences : je me suis engagé par contrat à ne plus avoir rapport avec la Région Île-de-France, qui a permis cette résidence, pendant les trois ans à venir. Ce que nous avons capitalisé, appris avec ces deux classes, pas question de prolonger le partage : on rouvrira les fichiers dans quatre ans au plus tôt. Ils seront où, ceux qu’on a rencontrés, comme celle dont le petit frère autiste « et aveugle » de 8 ans n’accepte de manger que si c’est elle qui le nourrit, et ne dort que si c’est avec elle, la responsabilité que c’est à 17 ans... Et cela renvoyant à son tour à l’échange avec Fabrice : la chance qu’on a eue de pouvoir accumuler ces traces via nos films.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 juin 2009
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Messages

  • qui s’arrête, crissent les freins du train, on regarde : vert, rouge, fer, rouille, un tableau. Mais non, un wagon de marchandises. Vert ? Par-dessus la rouille. Fer. Faire. Dans le désert du quai. Ce soir, il y aura eu cela.

  • Ils ont beau se succéder (hier, avec ces 807, Claro chez François, les gens qu’on voit, croisé JBP qui dit "y’a qu’à en faire une chanson" au changement du métro Hôtel de Ville), les jours, cette bande de salopards, ne se ressemblent pas, le froid presque aujourd’hui, les pleurs à nouveau qui submergent, et pourquoi aujourd’hui ? comme cette tristesse qui ne s’en va pas, cette église fermée, et puis aussi ce contraste en haut du faubourg, neuf heures du soir, l’une qui passe, l’autre à la voltige, mes enfants s’en vont, le ciel est bleu et je reste là

  • Fil. Filages . Avant d’ouvrir la boîte portable de Pandore, Je viens de regarder un collier ramassé il y a trois ans sur une allée du lycée Léger -rosace de onze larmes, comme pignons de pin et petite perle blanche la douzième au centre sur fond noir avec cordon-personne ne l’a réclamé à ce jour et j’ai décidé de le porter demain.

    Car demain , au Théâtre 95 à Cergy, pour la clôture résidence Gérard Noiret, avec six enseignants, sur le plateau déroulant nos ficelles, au pupitre je lirai le texte qui revisite le parcours annuel (strate du dessus, au dessous, déchiffrer les autres) des enseignants ayant idée de ce qu’écrire veut dire.
    En vingt ans de travail et spectacles où ce que j’écris est porté par d’autres voix, c’est la première fois que j’accepte de lire direct.Parce que Gérard Noiret a le sens du partage et que je lui dois bien ça. Le public ? Se sont désistés, a annoncé Gérard mardi dernier, les uns ou les autres, côté Région Ile-de-France. (Voir Fête de la Résidence Noiret.Cergy le 20 Juin) Sauf Patrick Souchon, toujours là où pour lui ça vaut le déplacement..... Pas de commentaires. Normal : Quelques enseignants s’agitant sur un plateau, pas de quoi fouetter un chat. Il y aura, merveille à l’écoute, collégiens et enseignants de Beaumont-sur-Oise, et puis peut-être quelques amis .Parmi eux, Baptiste -Marrey rencontré lors du temps fort proposé par Gérard les 16 et 17 Mai à Villeneuve-sur-Yonne. A la cordonnière d’Argenteuil de Marrey je répondrai par la Marguerite de la Verrerie . Echange. Ce ne sera pas le seul. Autres voix en vue.

    Et le collier, encore : j’aurais pu le ramasser cette année-là sur l’allée quand Fabrice Cazeneuve, Pierre Bourgeois et toi François avez arpenté nos couloirs nos allées nos silences nos mots avec vive écoute regard aigu et respect pour notre réalité . Ca a donné "la vie par les bords". Jamais n’oublierai une telle intensité. Journal d’Ester (jeune maman à ce jour) et chaque visage pour ce voyage. Manquent à l’image Jérôme et Alexandra mais leur chemin se poursuit, tout en courage. Et cela en filigrane traverse les 52 minutes de cette année-là.

    Allez, je relis pour demain le texte "Ecrire", ça commence par "cinq forces".Les doigts de la main, grande amitié.

    Quant au collier, Badr, rassure-toi, il est en lieu sûr : demain près de la gorge, où monte la voix. Cicatrice côté gauche du cou.Voir Apollinaire.

    l

  • J’ai écouté Magma et la batterie de Christian Vander me fait oublier le monde tellement elle me ramène à mes 16 ans quand j’ai acheté ce disque et à 16 ans on oublie le monde ou plutôt il n’y a pas besoin de l’oublier parce qu’il n’existe pas.
    Pendant une heure et quelques il a sauvé ma journée qui ne le méritait probablement pas.
    Juste avec la batterie.
    un jour, peut être bientôt, je jouerai de la batterie et je deviendrai le maître de mon monde.

    Voir en ligne : KMS

  • ...en une ligne une seule tracer net la prose mate des sécheresses administratives et jargonnages silencieux du « tu m’emmerdes connasse »...

    Voir en ligne : Omega Blue

  • Retoucher quelques textes, les relier, et se dire qu’à relier on écrit aussi.

    Voir en ligne : à chat perché

  • Au lendemain de la fin de l’amitié qui me tenait, plus rien, plus aucun objet n’avait moindre importance : la plus grande perte s’était encaissée, la maison intérieure brûlait, sauver sa peau, laisser les meubles.
    Et puis non, quand même l’olympus, ce compagnon fidèle des 5 dernières années, un appareil magique, qui m’appelle quand on doit photographier. Les humains détournés, c’est lui mon bien-aimé.
    Et le collier de Tante Jenny, son cadeau d’avant sa mort et nous deux qui savions quand les autres espéraient. Certaines capacité si lourdes à assumer.

    (photo : mairie du XVIème, 19 juin)

    Voir en ligne : traces et trajets