2008.10.20 | Atlantis avec barrières


Saint-Herblain, comme Rezé, sont pour moi des noms à horizon de ponts et fleuve, et sonorités favorables.

J’aime particulièrement sa médiathèque, équipe active, et j’y ai été reçu pour une lecture de Quatre avec le mort.

Mais j’ai toujours pensé qu’Atlantis était la pire insulte à nos ciels d’ouest. Démonstration de force par labyrinthes juxtaposés d’enseignes au rabais. La consommation en temps dominés.

L’an passé, une jeune femme s’est faite agresser là, son cadavre découvert en bord de rocade, difficile de ne pas avoir pensée pour elle.

La SGDL m’avait demandé de participer, avec Jean-Claude Bologne, leur secrétaire général, à un débat sur littérature et numérique. Je n’ai découvert qu’en arrivant que le chapiteau dressé pour (Saint-Herblain place publique->http://www.saint-herblain.fr/placepublique/] était en pleine zone, sous les enseignes mêlées d’iKea, Decathlon, Point P, minuscule devant le Zenith tout neuf, et les Leclerc et Auchan à tout vendre.

C’est le slogan de la ville : faciliter l’accès à la culture pour tous. Et leur espace scénique principal, l’Onyx, est aussi sur la zone, grand cube sombre étanche. Il paraît que 40 000 personnes se voiturent ici chaque jour : mais peu de risque qu’elles fassent autre chose que contourner le petit chapiteau soigneusement entouré de barrières. J’aurais bien préféré être à la médiathèque, d’autant que leur dansdelalecture est à l’honneur ce soir. Ici ça sent les courants d’air : impression de réserve d’indiens.

En attendant, on va dans Atlantis même, prendre un café avec Grapheus. Toujours riches, nos rencontres de blogueurs, et surtout celui-ci, enraciné dans son estuaire, avec poésie, navigations et rognes quand il le faut (tiens : cette semaine son intervention avec Discours sur la contribution du quart des revenus de Mirabeau, et lui aussi racontera notre après-midi peu ordinaire). C’est sur les banquettes de plastique rouge d’Atlantis que je lui montre ma Sony.

Qu’es-ce qu’on va faire de nos villes, de la façon dont on les a laissées se défaire ? Dans le débat avec Eric Pessan, quelqu’un disait : Il n’y a pas de librairie à Saint-Herblain. Mais Vent d’Ouest, au coeur de la vieille métropole nantaise, ce n’est pas aussi le libraire de Saint-Herblain ?

Au moins je n’aurai pas dormi Atlantis Hôtel.

Jacques André, blog Grapheus



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 octobre 2008
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