2006.06.26 | Rabelais à l’hôpital (Garches)


Prendre le train à La Défense, descendre à Garches. L’hôpital est à 1200 mètres, on vous emmène en voiture : pour les familles c’est plus malcommode. Ici on reste longtemps. Ici, certain secteur est dit en un seul mot sida fin de vie. Mais il y a un tiers d’enfants. Problèmes neurologiques. Accidents (piscines : — Cest fin juin, on a ouvert la réanimation, on a déjà mis des lits dans le couloir...). La route aussi apporte des patients. Mais ce qu’on m’a dit, il ne m’est pas possible d’en parler. La richesse de ces expériences, c’est ce qu’on y apprend parce qu’on les traverse ensemble, ne serait-ce qu’une paire d’heures (mais je reviendrai) : comment la bibliothécaire organise ses vacances pour que, poussant le chariot à livres de chambre à chambre dans le service des enfants, ils ne s’aperçoivent pas qu’elle en a pris, des vacances. Je n’ai pas le droit de parler du monsieur qui m’a dit, quand on s’est séparé le soir : — C’est bien, continuez comme ça. Ni de M... accompagné par son père, et ces gestes d’absolue tendresse. M... a chuté d’un sixième étage, il y a trois ans : il en avait dix-sept. Parfois, écoutant Rabelais, il riait, et ce soir le son de ce rire continue en moi. Pourtant, il ne me regardait pas, sa tête ne regarde pas où il veut. Son père et sa mère chaque jour se relaient : — Mais tant d’autres sont seuls. J’étais reçu par Myriam Revial : une fois par mois, ils ont ainsi un invité. Elle m’avait demandé Rabelais : — A cause du corps. Et comme il résonnait, Rabelais. La bibliothèque de Myriam et ses deux collègues est toute petite. Mais il y a tous les Claude Ponti. Il y a Arnaud Cathrine, Martin Winckler, les Les lettres à un jeune poète et Coma de Guyotat (en double, parce qu’on prévoit qu’il sortira beaucoup). La rencontre était à cinq heures : on mange tôt, dans un hôpital. Mais avant, à trois heures, Françoise Quillier était venue avec quelques-uns de ses terminales L. Ils attendent le résultat du bac, ils n’ont plus de cours. J’ai ma chaise près de leurs fauteuils. On parle de leur lecture, et de comment noter ses rêves. Aubin raconte un rêve. Myriam Revial sort les livres, à mesure que j’en parle : les livres qui comptent. On parle du W de Perec, du Livre de l’intranquillité de Pessoa, de Rilke et de Michaux. Et puis, bizarrement, de La Bruyère. Ils disent du dehors : le monde valide. On dirait que le temps nous appartient. Qu’on est très loin de ce qui nous entoure. Les livres-objets de l’Atelier des Grames, près de nous, sont complices : la semaine précédente, Mickaël Glück était venu. Pas de hasard.

Livre-objet : exposition de l’Atelier des Grames.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 juin 2006
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