2020.06.25 | Philippe Cognée, paysages, cheminées (Chaumont #1)


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Je me souviens, visitant son atelier, de Philippe Cognée m’expliquant comment, dans le TGV ou autre train, il lui arrivait souvent de prendre en photo tel arrangement de paysage, comme ça, à la va vite, en gardant la fugacité et l’impression de vitesse. Ce socle ou cette strate de son travail l’accompagne comme une permanence, mais d’ordinaire mêlée aux autres strates, le Philippe Cognée dur, celui des inscriptions urbaines. Celui qui vous dit : j’ai toujours travaillé beaucoup. Ici, dans la suite des petites chambres d’étage, à Chaumont, ils organisent les murs, en vis-à-vis soulignant les écarts de format, votre propre traversée des salles minuscules. Au-dehors est un paysage semblable, mais obturé. Redoublement cassant et démultipliant le visible. Aucun titre, aucune date, rien que la qualité d’abstrait (ou pas) de ces paysages, l’usage de la cire que diffusent les marques de fer à repasser pour en fondre les nuances. Tradition du paysage. Mais notre paysage, celui de la nature historiquement peignée de notre territoire tissé à main d’homme, et lui résistant aussi bien. Photographier des toiles c’est très difficile : il faut des éclairages qui compensent les éclairages, des savants réglages de couleur qui honorent les nuances du peintre. Après passer de la saisie numérique (à la volée, main levée) à la peinture la plus oeuvrée, revenir à la saisie numérique (à la volée, main levée) trompe : on s’autorise parce qu’on cherche l’ami, on veut savoir ce que veut vous dire le frère d’armes. On photographie comment s’organise l’espace. Ou disons que je photographie les cheminées.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 25 juin 2020
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