2020.06.14 | état présent du monde (marais poitevin #1)


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Tu t’es arrêté, tu as fait marche arrière, tu t’es garé. Plus tard, alors que tu étais au milieu de tout ça, photographiant à hauteur de ventre, une voiture est passée qui a klaxonné pour se moquer.

Si ç’avait été un film, tu aurais effectué (mais sur pied) la suite des mêmes plans, tu les aurais traversés en venant du lointain — partir de l’appareil, s’éloigner, revenir, au montage couper la première moitié –– avec sur le GH5s un filtre ND, et toi pourquoi pas à la main le GH5 et filmer le sol, tes pieds sur le sol. Tu aurais eu ton micro cravate et dans ta poche le Zoom F1, et tu aurais répété la phrase : « Traces détruites en toi », probablement tu aurais improvisé des variations autour de cette phrase, mais tout cela tu ne l’as pas fait, juste (avec le GH5) tu as fait ta série de plans fixe, puis tu as repris la voiture et tu es reparti. Pensant quand même : quel décor de film ça aurait pu faire. Pensant aussi : tout tient au ciel gris (tu aurais fait des time lapse du ciel) et que l’occasion plus jamais n’en reviendrait.

Sans doute c’est ce qu’il aurait fallu faire, et tu ne l’as pas fait.

Enquête sommaire via Google Street View, je rajoute quelques photos tout à la fin, lire ici l’histoire de ce site industriel. Etrange aussi (mais c’est normal, dans nos coins) de découvrir que la pulsion qui m’a fait m’arrêter coïncide exactement avec lien familial concernant ces tuileries.

 

 

démolition de la tuilerie de Saint-Hilaire la Palud, 2018




François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 juin 2020
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