2020.01.04 | nous vivons cernés de fantômes


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Elles sont pleines de fantômes, ces 125 000 photographies accumulées depuis 2002 et rassemblées sur le disque dur externe : des visages que je ne reconnais pas. Des lieux où je photographie toujours le rêve que j’ai des lieux. Le monde tel qu’il est quand on voit peu.

En ce moment, des repérages pour cette performance, qui sera mensuellement accomplie tout au long de l’année 2020, soit douze fois, dans l’idée d’un texte qui se dit par l’improvisation et le corps, sans rédaction préalable (quoique, tous ces jours, ce soient beaucoup de notes, de classements et rebrassements), 135 façons de sauver la Terre qui pourrait même être le fil conducteur de la présence à Évry, en tout cas là les 23 et 24 janvier prochain.

Donc voyager dans les lieux c’est entrer dans le temps. Certain.e.s reconnaîtront facilement les images ci-dessous : mais elles datent de mai 2008, retourner marcher au même endroit ne redonnerait pas la même présence du monde.

Nous arpentons des villes déjà abandonnées. Nous sommes hantés de lieux déjà désertés. Est-ce que j’ai triché ce matin-là ? Non : je passais là, je voyais cela.

Le sable qui s’entasse est celui des rêves. Le pré-réglage LightRoom qu’on applique à la vieille image faite avec un appareil bien plus fruste (pauvre ?) que celui d’aujourd’hui est celui de la présence du monde dans les rêves, les rêves de qui voit peu, et on remanie ces réglages pour faire revenir l’image à l’apparence supposée et banale du monde : mais qu’en sait-on, de cette apparence pour les autres, ou bien si chacun à la sienne ? Reste le sable.

On cherche indéfiniment, dans nos images, une paix possible du monde. On n’en a en retour que l’angoisse, au mieux l’énigme.

Et maintenant c’est un film. Elle s’accomplit déjà silencieusement, la performance infiniment répétée, dans ce lieu qu’on ré-arpente comme le décor du film à infiniment refaire.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 janvier 2020
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