2019.11.17 | contre la photographie de rue


précédent _ suivant

Qu’on s’entende bien : je n’ai rien contre ce qu’on nomme photographie de rue, mais ça devient vaguement poncif. Pourtant, je suis rageusement certains comptes Instagram qui en sont, de la photographie de rue. Et même, à voir par exemple comment Daïdo Moriyama balance à bout de bras son appareil pour photographier ras du trottoir l’intérieur des boutiques, je rêve de progressivement apprendre à le faire. Ou tenir l’appareil main levée pour mine de rien attraper les visages, en mobilité, sans viser. Mais il manque à l’expression précisément ce que moi je cherche : marcher dans la rue, toutes les rues, les rues de partout, c’est appartenir soi-même à ce qu’elle est comme fonction. Passant, anonyme depuis Le peintre de la vie moderne de Baudelaire. Et comment la rue ne verrait que nous-mêmes, nos visages, postures et corps ? La rue sait avant tout, par son immobilité même, ce que nous avons fait du monde, les deux faces du monde qu’à jamais elle sépare. Donc moi je photographie ça, ce que voit la rue. Prendre une rue, la marcher d’un bout à l’autre (marcher en usage transitif, c’est une des mille choses apprises du séjour Natashquan, cet été : marcher le bois). C’est une affaire de perpendiculaire, de la perpendiculaire contre le miroir.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 novembre 2019
merci aux 2691 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page