2019.11.11 | dénombrer, mais pas montrer les morts

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2020.05.17 | Balzac tout nu

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C’est plus fort que moi, je reviens à ma base de 100 000 photos, que je n’ai jamais vraiment pris la peine de taguer (de toute façon, Lightroom je n’ai commencé à l’utiliser que fin 2013), et je fais défiler parce que j’ai vu la photographie d’un ami mort. Il y a combien de photographies de morts dans mon labyrinthe ? Les dénombrer, mais est-ce que je les tague (mettre leur nom dans le registre des mots-clés) ? Je ne m’en sens pas capable. Ce n’est pas un cimetière. Pourtant, l’image d’un mort est un élément non banal dans la suite de toutes les images. Je regarde une série de quatre images de Michel Chaillou en impro –- pourtant il était déjà malade, je me souviens de son petit brumisateur puisqu’il n’avait plus de salive, et moi j’étais juste à côté de lui. Sur cette page, c’est double peine : sur ciel d’aube à Ouessant, le vieux druide et le cher Jean-Lou Bourgeon, ils sont deux sur la même image, à ne plus être. Plus tard, dans la matinée, je fais cette série d’une grosse vingtaine d’images de cette niveleuse. L’air marin n’est pas tendre aux machines. J’ai toujours mon bridge Lumix, je reconnais à la tache sur le capteur, qui me fera l’abandonner. Les machines ne meurent pas. Mais moi, si j’ai depuis toujours photographié des machines comme des êtres vivants, c’est que je sais bien combien de mes morts elles contiennent, depuis la toute première, que conduisait mon père. On n’est pas dans l’esthétique, on est dans le mémorial. Le mot même de niveleuse.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 11 novembre 2019
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