2016.02.01 | « animé par un besoin d’écrire » (de l’édition cochon)


Vous révérez Henry James. Il vous est difficilement accessible dans sa langue originale, si tendue, si savante. Vous accumulez les traductions. On dirait que l’oeuvre est infinie. Ce livre, de belle facture, L’Âge difficile est vendu par Gallimard/Denoël 18€50. Voici la notice de présentation qui ouvre le livre :

On ne jette pas la pierre. Ces notices ne sont pas rédigées par le traducteur, et les couloirs des maisons d’édition abritent surtout de jeunes stagiaires, oeuvrant pour les caciques présents là depuis 30 ans et qui blanchissent comme les endives, mais ne s’abaisseraient pas à bricoler du paratexte. Une telle coquille, quand même plus d’un siècle de 1843 à 1963, ce n’est pas le plus facile à voir. Surtout lorsque, précisément, c’est mis à une telle place d’évidence.

Non, ce qui me heurte, de la part d’une maison d’édition, c’est ce qui précède : « animé par un besoin d’écrire ». Même pour aller mouler un cake on ne dirait pas ça. Vous êtes animé par un besoin d’écrire et soudain vous laissez derrière vous La leçon du maître, L’image dans le tapis, L’autel des morts, ou Dans la cage, ou l’inoubliable Les papiers de Jeffrey Aspern (d’ailleurs aucune de ces oeuvres n’est citée par la notice, on ne doit pas parler du même Henry James).

C’est quoi, un besoin d’écrire ? Qui me l’explique ? Ma pauvre mère, quand je lui téléphone, chaque dimanche matin, elle l’a, ce besoin d’écrire : – Qui tu es, toi, par rapport à moi, me demande-t-elle avant de recopier scrupuleusement mon nom sur un post-it. Si on en est saisi, de ce besoin d’écrire, on y va et tout se vaut ? Le mot animé c’est comme les petits Mickey qui bougent ? Plus qu’on s’agite, et mieux qu’on romance, et hop vous avez Washington Square ou Reverberator ?

Le nombre de conneries qu’on lit sur la déshérence de la lecture est exponentiellement proportionnel à l’estime dans laquelle la tiennent ceux qui la vendent. Là-dessus, permettez-moi de retourner à ma collaboration avec Points Seuil, après le passage du 1er correcteur (merci Benoît Bénard) pendant les vacances de Noël, c’est la 2ème passe de correction, questions typo et vérifications. Chacun sa façon de travailler.

Photos haut de page : hommage Henry James, Boston vu de la mer, juillet 2015 (merci M.C. & Sel de Mer). Et si vous voulez relire ou découvrir Henry James, allez plutôt voir par ici ?



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er février 2016
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