2015.11.21 | que font les étudiants chinois le soir à Paris ?


Difficile, mercredi dernier, le cours puis le lancement de l’atelier. Sentiment qu’à mesure que les mots se forment dans la bouche, quelque chose dessous les aspire dans une nuit qu’on ne connaît pas. Alors le matin, j’ai parlé de la tragédie grecque alors que je voulais parler du dépassement du roman chez Gracq, et l’atelier c’est elles et eux (on était à nouveau plus de 25) qui lui ont donné force.

Ma première année de présence à Cergy, j’ai lancé un site – toujours en ligne – cergyland.fr, portraits en chroniques, qui en est à 23 000 consultations, et dont j’ambitionnais de faire une revue, création et expérience en ligne. J’ai tenté tout l’an passé, mais la culture de cette école est différente : expériences faites en autonomie : plus de 40 sites étudiants, 3 ou 4 revues, une dizaine de canaux YouTube (je continue de recenser tout ça), pour ce qui est de mes propres chroniques je les recentre ici dans mon site, et pour ce qui est de l’émerveillement à chaque incursion, j je l’inclus dans le journal vidéo – autres questions de frontières, ce qui se cherche dans les ateliers n’est pas destiné à être montré, et pourtant, dans la 3ème heure de l’atelier, nos lectures à voix haute questionnent une notion de publication qui ne se limite pas à la reproduction écrite.

Tout cela pour expliquer que je m’autorise à insérer ici ce texte écrit ce mercredi de semaine noire par une étudiante arrivée de Pékin il y a un an, et dont le français était bien limité les premiers jours – mais quelle résolution elle avait déjà ! Je m’y autorise parce que que Lu Wang vient d’organiser, à 2 pas de République, une exposition de 9 jeunes artistes, de ses amis de Pékin, de ses rencontres à Paris ou Cergy, et quasiment autant de nationalités, l’expo est prolongée jusqu’au 11 décembre, sous le beau titre pris à Apollinaire tours de Babel changées en ponts – (et page Facebook).

Et est-ce que ce n’est pas cela, l’atelier d’écriture, aussi dans ce dévoilement : où marche, que regarde une étudiante chinoise à Paris, dans la nuit de novembre ? Belle leçon pour nous tous, et je sais que la semaine prochaine elle va continuer Apollinaire.

 

Lu Wang | Da Wan Dao


Paris, 1er novembre 2015
ZONE TARIFAIRE 2
ENTRE station Pont-Bineau et La Saussaye-Pineau
c’est la nuit, d’un tableau, d’une île, l’impressionnisme
il n’y a pas de peintre aujourd’hui

les pins, les houx, les saules, les peupliers,
les coureurs, les promeneurs, les ombres des familles
derrière les fenêtres
c’est au coeur de l’île de la Jatte
le réverbère éclaire une banque en face de la Seine
au vent
je m’assois – sur l’eau, innombrables, de petits points de réflexion,
les branches de l’île et les étoiles de la nuit

je m’assois à la même place que Seurat
des millions de taches composent son tableau

*

des arbres, les jeunes pousses de fleurs
leurs pétioles en dehors de la corolle, touffes de poils de forme noire, jaune ou jaune, brun ou brun, les feuilles opposées ou opposées
pousses : « inflorescences, pédicelles et pétioles sont pubérulents, denses de couleur rouille »

je m’assois à la même place que Seurat
millions de taches bleues qui composent l’eau
et deux triangles c’est un bateau à voiles
ce soir je suis à la même place que Seurat

*

le bistrot, le resto, la pharmacie, le vieil hôtel
les poubelles, le musée de la pêche, le jardin potager
la chiffonnière, les alcooliques, les perrons
le chemin

la nuit de 2015 et le tableau de 1888
ce soir je suis à la même place que Seurat

texte écrit par Lu Wang dans le cadre du studio d’écriture de l’EnsaPC, ne pas reproduire, merci

 

LE CARNET DU SITE
- nouvelle vidéo : textes écrits sur une planche à la défonceuse, impressions à la volée, lors du colloque de Cergy « Recherche & création littéraire »
- lu sur le web : dialogue à distance avec Emmanuel Delabranche, dans sa série à peine perdue
- nouveau ou actualisé sur Tiers Livre : une étudiante m’avait demandé de lui rapporter un badge de Baltimore, je m’en suis acquitté, du coup je propose les miens propres.... complément à l’éternel problème de développement du site, matériel, hébergement, ressources propres... enrabelaisez-vous, à vous de les offrir et merci d’avance !


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 21 novembre 2015
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