journal | police des usines mortes


Qu’est-ce ce que faisaient à 8h50 ce matin-là, dans la vieille usine morte de Nanterre (ancienne et gigantesque imprimerie dont la spécialité, pendant des décennies, c’étaient les tickets de métro), ces 5 cars de police et cette quarantaine d’hommes en tenue de combat ? Ça les regarde, c’est peut-être un terrain de jeu où se refaire des émotions d’une série télé américaine, ou bien un concours de photographie amateur, sait-on, en ce cas j’aurais bien aimé participer. En tout cas, ce qui ne me plaît pas, c’est que chaque semaine à la même heure je fais la même photo des mêmes lieux vides avec simple variation d’éclairage, et cette fois (en passant le curseur sur l’image, on verra les hautes tours de la Défense surgir, ici l’Arche est juste à l’arrière-fond à droite), la photo devient témoignage d’un instant précis de l’activité des hommes, qui ne me concerne pas. Est-ce que le temps de l’image ou du journal a une autonomie spécifique par rapport à cette activité des hommes ? Avec ces 5 camions et scène de guerre entraperçue du RER, là où je me préparais à faire ma photo habituelle de l’usine morte, je n’en suis plus sûr. Le jour précédent, on me demande : – Tu as vu cet incendie à New York, hier soir ? Et, sortant de ma lecture du New York Times du jour, mais en 1925 pour mon blog Lovecraft, je réponds : – Ah, tu crois ? sans sourciller. De même, ma tête ayant eu un peu de mal à commuter de mars à avril, je découvre hier soir que, dans le même blog Lovecraft j’ai sauté ses notes du jeudi 2, et que tout est décalé d’un jour. Qu’aujourd’hui samedi 4, j’ai juste à changer le titre du vendredi 3, rajouter le jeudi 2, et que c’est demain dimanche 5 que ça reprendra sur un bon pied. Que fait Lovecraft alors : marche arrière ou piétinement sur place, à 90 ans de distance, puisque chaque article de ce blog est réellement daté du jour correspondant en 1925 ? Et si on faisait ça de nos propres jours à nous, je pourrais recommencer hier (non, hier ça allait, je referais pareil) ? C’est troublant. Autant que ces 40 CRS en goguette dans l’usine morte.

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 avril 2015
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Messages

  • (en passant, je ne vais plus à clichy depuis que mon frère n’y vit plus, ça me manque assez) (je ne le vois plus d’ailleurs, peut-être ce mardi) (les gens passent et viennent) cinéma "le Challat de Tunis" (Kaouther ben Hania, 2014) histoire odieuse - lu l’entretien dans l’observateur de Jacques Rancière - plus envie de vivre ici, envie de partir mais n’est-ce pas partout la même chose ? Ou n’est-ce que l’idée, les échos,le mensonge avéré qui l’emportent ? (travail de cabinet, j’ai fini, plus qu’à recommencer comme d’habitude) (texte pour DP, bien, content, donné ailleurs de plus)

  • (deux dvd de films de Nikita Mikhalkov, "Soleil Trompeur" (1994) où le réalisateur joue le rôle principal, sa fille le rôle de sa fille, histoire sordide et stalinienne en diable ; "Les yeux noirs" (1987) avec un MastroÏanni qui en fait des tonnes (ça ne gêne pas trop, mais ce sont quand même des tonnes lourdes : à preuve prix d’interprétation masculine, Cannes 87 - en même temps il pleure sans faire semblant) (enfin : président du jury Yves Montand, palme d’or Maurice Pialat "si vous ne m’aimez pas je ne vous aime pas non plus") moi qui pensait voir des images de bateau, j’en suis pour mes frais comme dit la (cette conne de ) sagesse populaire) (paraît que ce réalisateur a tourné dropite de chez extrême poutinolâtre, et je ne suis pas étonné mais les images du premier film sont magnifiques, le type est un lyrique comme les slaves savent l’être-il tape 70 piges et on a aussi le droit à la sénilité à ces âges) (ce type de catégorie (l’âme slave et tout ce baratin) est aussi frappé au coin de la sagesse populaire et mérite donc le même qualificatif qu’elle) (nostalgie de la traversée du Bosphore)

  • (le sujet bouge toujours quand on ne l’attend pas : j’aime ces gens qui vivent le portable, le chapeau, la djellaba, la barbe et la foi, moi je les aimes : il y a le père du voisin du quatre qui a rappliqué -vendredi je crois, depuis inondation plus de lumière plus rien puis électricité dans les appartements mais rien dans les parties communes dlamerdenboite-j’ai fait une lettre au maire putain) hier on a vu "gente de bien" un film probablement assez colombo-français, je suppose, j’ai pas bien vu et j’ai pas cherché (on peut voir) (Franco Lolli, 2014 ; présenté à la semaine de la critique si j’ai bien compris à Cannes) (finalement si, premier film, réal colombien études à la femis) (vu aussi et surtout l’exposition au jeu de paume de Taryn Simon, plutôt sympathique, et "qu’est-ce que la photographie" à beaubourg, magnifique) (c’est que j’aime ça la photo mine de rien) (c’est pourquoi d’ailleurs je suis les séminaires à dédé)

  • c’est vendredi matin deux appels : un c’est E qui me demande si je veux venir à Berlin et A qui m’apprend le prolongement de son arrêt - du coup Berlin ce sera plus tard - plus tard je mange une poule en chocolat

  • c’était hier soir en allant chez toi (le type, le bonnet la djellaba le manteau peut-être la barbe, mais celui-là est noir : on en croise, ils sont là marchant en se dandinant un peu) (les préoccupations de radio-france, du type qui a flanqué son avion dans une montagne, de l’avion qui marche au soleil-et celle de l’intime comme ma tante, mon frangin, la locataire- et les lettres (deviens-je procédurier ?) une au contrôleur d’état, une autre au maire, et pourquoi faire ? je ne sais pas vraiment, pour exister peut-être ?) (j’en sais rien, ma tante en tout cas n’entend rien de ce que je lui dis, elle me raccompagne, je lui tiens la main, elle m’embrasse, on s’en va, on s’en va) (passant devant le ministère de la culture, vers 17h rien sinon trois crs qui rient accoudés à une rambarde sortie de métro)

  • (il y a des murs qui se prêtent à un certain travail : il y avait celui où est exposé le poème express à Lucien 00363 il y a aussi celui du faubourg, déjà photographié à plusieurs reprises pour le journal : ici en 4 photographies on va tenter de refaire le monde) là un type avec un ordinateur, assis devant le mur, qui lance un regard caméra à l’opérateur qui s’en fout (faut s’en foutre, en réalité, ils perçoivent, ils se laissent faire d’une certaine manière il s’agit d’abord, peut-être de consentement - jusqu’au jour où l’un d’entre eux viendra me suggérer de cesser) (ou alors me foutre sur la gueule-ce sont des risques que je cours, oui)

  • ici, il y a le peintre avec son rouleau qui est en train de préparer le mur (je suis juste passé, je venais de porter la voiture au garage : silent block qui tiennent le radiateur morts, mon ami L. qui les a commandés, ils ne seront pas là avant vendredi, enfin tout le kit peu importe ça ira) pendant ce temps-là, lui apprête son mur (à l’occasion je poste le travail terminé) (c’est joli le "tu vois" qui reste du précédent opus - en même temps il était moche) (mais ça c’est chacun ses goûts, bon certes)

  • sur le reste du faubourg, évidemment, on n’en a rien à foutre : des types qui peignent un mur ? Ah oui j’ai des trucs à faire (exactement comme moi : j’ai réu dans deux heures, entre temps je vais cuisiner un colombo de poulet)

  • (je ne sais pas si vous avez des ados ou des jeunes adultes à la maison, mais moi oui, et je peux vous dire que le colombo de poulet, ça n’a pas fait une ou deux, non, je suis parti en réu, et en revenant, y’avait plus rien) (en même temps, il était là pour ça, je reconnais) ici la vue prise à l’arrachée, pas même doublée, au culot (je pourrais faire un billet de blog avec ce type de rigolo-là oui) (mais je préfère le mettre au journal : ici, ce sont les actualités) (la radio est encore en grève et j’ai entendu dire que le petit monsieur gallet ne lâcherai rien : son contrat est de quatre ans encore, il ne lâchera rien, non, et foutra à la porte 300 ou 400 seniors pour que les finances de "sa" boite se consolent -entre temps, son salaire, j’espère qu’il va l’augmenter, parce que il se donne du mal, le pauvre chou) (ça donne envie de gerber ce style de prise de position : prendre les mots de la révolte et les assortir à sa sauce) (et le vocabulaire, non, n’est pas la propriété de l’ordure, non) (misérable)