journal | des images avec symétrie, des réalités parallèles


Probablement que si ça ne risque pas que je me prenne pour un photographe, c’est que je ne perçois jamais l’image comme finalité en soi, alors que dans le texte c’est lui qui commande dès la première lancée rythmique sous le mot pas encore venu. Mais que j’aie besoin de l’image photographique comme nécessité de plus en plus affirmée, j’ai mis longtemps à l’accepter (j’aurais dû m’équiper photo bien avant le refus qui a été le mien jusqu’en 2003, passer au Reflex au minimum avant l’année Québec etc). Le poids ne me gêne pas, ou plutôt c’est la gêne même, et le temps nécessaire à la préparation de l’image, qui me séparent de mes anciennes pratiques avec les compacts, Lumix ou G12. Cette semaine je n’ai pas emporté avec moi le gros bousin Canon et son Sigma 18/35 qui doit faire son bon kilo et demi, il y a 4 ou 5 images que j’ai faites avec l’iPhone et qui ne me servent à rien, sinon d’indication pour aller les refaire. Il me semble même, en ce moment, que je devrais m’imposer un appareil encore plus volumineux et plus lourd, une chambre : un peu comme le violoncelliste avec son étui sur le dos. L’appareil photo me sert à rendre visible ce qu’il m’est de plus en plus malaisé de percevoir nettement dans le rapport ordinaire au monde. Avant-hier on m’a fait remarquer que Fragments du dedans, mon abécédaire chez Grasset, ne comportait pas d’entrée symétrie alors que j’en usais constamment dans mes photos. C’est peut-être seulement une facilité : les vrais constructeurs d’image partent de rien ou presque rien, comme je sais faire dans le texte. Lorsque le réel se dédouble, il produit de lui-même un germe abstrait ou géométrique que je n’ai plus qu’à cueillir. Mais, à regarder mes dernières images symétriques, ces dernières semaines lors de l’équipée en Suisse ou du workshop à Nantes, ou sur mes derniers ronds-points, quand même l’idée chaque fois d’une sorte d’aporie : je fais des images symétriques parce que dedans moi je suis divisé pareil. Je dois y revenir ces jours-ci sur l’étrange histoire de la chambre où j’ai dormi sans y être, qui me trouble beaucoup (je n’avais jamais encore réussi à atteindre cette étape dans les projections dédoublées de soi-même, que je pratique pourtant depuis une quinzaine d’années). Un des éléments de base, à pratiquer longtemps comme préalable, de ces projections dédoublées de soi-même, c’est l’attention, dans la réalité immédiate, à ce qui se passe en même temps dans la réalité parallèle, celle où on vise de se projeter mais dont on est séparé. On doit la connaître avec une perception suffisamment concrète pour que le passage se fasse de soi-même, comme par aspiration. Ensuite c’est juste guider la part de soi-même qu’on met dans l’échange, de la simple observation à la présence qui observe, puis le passage, ce qui m’est arrivé la semaine dernière – enfin – pour la première fois : s’établir dans l’autre réalité comme choix de réalité principale. Les points de passage sont peu nombreux et souvent très banals, il faut apprendre à les détecter. Il y a beaucoup de littérature sur tout ça, même si on ne l’apprend vraiment qu’avec quelqu’un qui pratique déjà. Je crois que c’est en cela ou à cela que m’ont servi mes photos symétriques, ces dernières années : elle sont la preuve des chemins parallèles. Dans tel ou tel point précis de la réalité qui vous est première, le flottement s’établit par parfaite équivalence des deux chemins, et leur nature concrète. Alors on a cet accès à la réalité distante, qui est la première base de l’exercice : quand on sait concrètement, ou pragmatiquement, que les deux réalités séparées sont en parfaite équivalence, et qu’indiffère à la réalité du monde que vous ayez choisi, vous petit individu, l’une ou l’autre. Alors on peut très bien commencer à construire l’exercice suivant : être la même présence aux deux réalités distinctes. C’est pour cela que je continuerai à pratiquer les photographies avec symétrie.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 novembre 2014
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Messages

  • (je ne suis pas tellement photographe non plus, mais un photographe c’est celui qui fait des photos) (ou celle) (c’est pas la photo qui commande, mais dans les séries, si) je suis allé trouver le frangin, déprimé, on a parlé de TNPPI, on a parlé des deux cinglées, on a bu du café et il est parti faire des lasagnes (c’est plutôt le téléphone qui a fait cette photo : il faut bien que je me prépare, donc on arrive et comme je dois déclencher quand la porte s’ouvre, tout en étant paparazzo j’ai des trucs à faire : ici, le louxor salle municipale qu’on aime)

  • et donc quand la porte s’ouvre à l’arrêt (elles s’ouvrent toutes en même temps, tsais de nos jours) (jtrouve que c’est du gâchis, amis n’importe, c’est pas moi qui fait la régie ni les rames : en même temps, ça vaut peut-être mieux- bien que, quand on voit ce qu’ils sont capables de pondre à la régie comme à la société nationale des chemins de fer (sans parler des insanités relativces à l’accident de Brétigny que profère le pdg d’icelle, putain la honte) je déclenche (je dois cogner un petit coup sur l’écran pour faire ça, y’a plus de bouton, ou alors il est sur le côté c’est dlamerde en barre pour travailler) et voilà ce que ça donne (y’a beau temps que tout le monde est entré, et donc sorti : loupé c’est loupé) (n’importe les 4 sont dans la boite)

  • voilà je vais faire un remplacement dans un lycée professionnel quelques semaines de travail - et chose extraordinaire je me suis sauvée de ce lycée à 16 ans - parce que non ça n’était pas ma place - je n’ai aucun souvenir - suis rentrée dans la salle de classe ai vu les grandes hautes fenêtres - les arbres - c’est là que la fuite a commencé

  • déjà hier, ils participaient aux élections (ça se passe en Tunisie, ils élisent leur président-pas une femme hein, un homme ça va comme ça, les révolutions)(pourtant, on note que dans la plupart des photos publiées de côté-ci, les femmes sont en bonne place) (Habib Bourguiba, sur son fier destrier blanc, fez rouge, a rendu aux femmes quelque chose comme une certaine dignité, mais de ce côté-là du monde, il y a du boulot) (tu me diras dece côté-ci aussi) (j’ai déjà mis ce lien ailleurs, mais ça ne fait rien, ça ne peut pas nuire) ici c’est à Botza-coin plateau, où on trouve une annexe du consulat, où on vote toute la journée, je pense

  • (il y a comme une nécessité, dans ce journal (aujourd’hui, je crois, anniversaire : la 8° année commence) (jt’en parle même pas), un impératif même c’est de rendre compte de ce qui se passe ici) (ici, c’est où ? On s’en fout mais c’est Belleville, c’est en ville, il y a tout autour de ça plus de douze millions d’individus, dans le rayon de l’ïle-de-France, le même ordre que Mexico (20), Mumbay-BOmbay (12) ou Lahore (7), des villes en Chine comptent à présent plus de trente millions de personnes) et depuis quelque temps (semaines, mois, pas plus, peut-être l’hiver dernier : ça vient doucement, et puis ça s’institutionnalise) ici se réunissent peut-être cent personnes, ils viennent là acheter (camion rouge) des trucs, objets choses manufacturées ou d’autres (camion blanc) de la bouffe, de la bière, de l’alcool sûrement : les hommes (probablement seuls) se réunissent sur le côté, posent leurs boîtes boisson au sol, fument, parlent et rient

  • (tu te souviens du "plombier polonais" dont on nous rebattait les oreilles il y a quelques années ? entendu une ordure dans le poste - le poste s’ouvre facilement à l’ordure depuis que la fille du borgne a quelque chose de fréquentable, quoi ? faut demander au poste, hein) ils viennent aussi en famille, comme on peut voir (les camions portent des plaques polonaises ; je me souviens d’un film, vu je crois au Royal, qui racontait l’histoire d’un type et de son père qui faisaient le voyage aller-retour fringues entre Varsovie et il me semble le nord de la France, Lille ou quelque chose) ; de l’autre côté de la rue, sur le trottoir, s’improvise un marché (petits commerçants oeufs, volailles herbes : victuailles chinoises celles-là (bizarres et authentiques) et Belleville a cette qualité de vivre (picasso ne donne même pas signe de vie, c’est dire qu’un établissement, qu’il renouvelle ou pas sa "direction" (son management, on dit de nos jours) (beurk), garde les mêmes gimmicks immondes que ceux de ses concurrents - ça a quelque chose de rassurant quant au fonctionnement des structures, c’est vrai, mais ça a tendance à me dégoûter de faire des offres) (dans le même temps, que dire de ceux qui mettent en oeuvre ces gimmicks ?) (pfff)