journal | Cadet Rousselle et la lucarne


L’an dernier c’était simple, j’avais un tout petit MacAir pour l’écriture personnelle, et le MacBook Pro vissé sur sa dalle extérieure pour tous ces trucs où il faut voir, la mise en page, la compta, les mails, les Excel et le fatras. Je ne saurais plus faire tout ça sur le tout petit écran où toutes les fenêtres se surimposent. Mais décidément je ne sais pas écrire (j’entends le « écrire » intransitif, le pour moi) sur la dalle à trente centimètres et qui fait le paysage. Courbé sur le petit ordi comme sur un cahier j’y arrive. J’ai fait des essais de mixité : sur l’écran du MacAir j’ai mon UlyssesIII d’écriture, et sur la dalle le reste, les dicos, le navigateur et ses onglets (puisque le navigateur est le premier paysage d’écriture, le matériau même de la composition, avant ou autant que les signes qu’on dispose en binaire), mais ça ne marchait pas. Avec l’ordi, je m’écarte de la table : à l’hôtel, dans les trains (encore que souvent je dors, ces temps-ci, dans les trains, ne pas se moquer – façon d’absence volontaire, et rogner sur l’aube pour les dérives), ou ici dans la maison mais ailleurs qu’au bureau, je retrouve cette proximité doigts signes qui permet le travail. La conscience aussi, avec le MacAir, que la machine n’a pas de disque dur, que je travaille directement avec des zones de stockage extérieures, en nuage (comme là, ce texte qui viendra à ses lecteurs par la démultiplication des caches CloudFlare). Je ne sais pas ce que je regarde quand j’écris, pas trop l’écran, mais certainement pas autre chose – la fenêtre du MacAir élimine les à côté, comme elle repousse à l’après les mails ou autres messages, avec une ambiguïté pour Twitter parce qu’il peut continuer d’être cette sorte de journal au fil des minutes qui s’entretient comme un parallèle non intrusif (j’écris, je twitte l’à-côté d’écrire, ce matin l’orage ou tout à l’heure l’après-midi noire, ou la musique que je découvre – aide-mémoire aussi, même si de fait je ne consulte jamais cette archive qui s’empile). Échange qui m’est précieux aussi dans la part collective du souci machine : les logiciels, les mises à jour, le rapport au temps et même à l’attention, voire l’addiction. Et c’est au point que je peux revenir à mon bureau, y poser le MacAir et ne pas brancher la grande dalle qui reste noire. Elle signifierait : allumer la part sociale du travail. Je ne sais pas s’il ne s’agit pas de passer d’une question statique : assis à la table mains sur le clavier, l’écran devant soi comme relation au monde, y compris la plus proche socialité (échange bizarre avec un enseignant de fac cette semaine qui me demandait une VRAIE rencontre avec un groupe d’étudiants, et à qui j’avais répondu, sans arrière-pensée, que j’étais dispo en permanence via Facebook ou Twitter ou ce qu’ils voudraient, et l’avait mal pris, soi-disant qu’il s’agissait d’une rencontre VIRTUELLE : mais depuis combien de mois personne dans mon entourage travail ou amical ou privé n’a employé ce mot virtuel ?). Donc là j’écris sur ma lucarne : affaire de corps, je peux la recouvrir des deux mains, comme un cahier. Je n’arrive décidément pas à écrire sur l’iPad, même si j’y ai vitesse d’écriture quasi égale pour les échanges Facebook ou Twitter (le mail s’éloigne réellement, ces temps-ci). La tablette – iPad ou mon brave Kindle Fire qui va boucler sa première année de service quotidien rustique – marque pour moi une rupture : le passage au temps de lecture, presse ou info ou tout simplement livre (et même livres puisque je n’ai jamais une seule lecture en cours). Comme une ultime séparation des temps dans ce qui reste une relation circulaire unique, le lire/écrire et dont témoigne que je garde (ou pas, je l’oublie tout aussi bien dans les deux vas) une éventuelle activité réseau même dans la lecture dense. Pas de conclusion : 25 ans d’ordi, 16 ans de web, pas encore constaté de stabilisation des usages. Ah oui, j’oubliais : si je développe mon fichier RAW comme l’image ci-dessus, Saint-Pierre des Corps hier soir, sur le petit écran du MacAir au lieu de la grosse dalle 27, est-ce qu’il y a pour le rapport à l’image un équivalent de ce que la lucarne change dans le rapport au texte ?



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 septembre 2013
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Messages

  • je suis passé en métro, j’ai pris quelques clichés du bazar qui avance et sera fini dans les semaines qui viennent (je veux dire que ce feuilleton qui dure depuis bientôt trois ans va s’achever) (enfin je crois 3 ans) (je fatigue : consacrer sa vie à quelque chose, c’est bien joli mais il ne faut pas trop en faire - c’est que j’écoute les retransmissions de l’émission au centre de la quelle on pose marcel ophüls) (à li(mage l’immeuble est au fond, de sa facade blanche"

  • (quand on pense que pour son voyageur, il a du faire appel à des dons - l’une de ses demandes m’est parvenue c’est pour dire si c’est ratisser large - un type comme ça, (remarque, il est vieux, il est colérique et têtu comme tu le crois pas : pas diplomate sans doute pour deux ronds...) on se demande bien où en est le cinéma français) (en même temps, il est français mais le cinéma non) (on s’approche, j’aime voir le drapeau, le contraste blanc de la façade rouge de la toile ) (il est moche mais on s’attache c’est comme ça)

  • (parti deux jours à la campagne : chouette, joli, rencontré l’édile, vu le soleil se coucher dans le calme, tondu la pelouse -enfin l’herbe- et chassé les taupes)(j’aime bien les premiers plans avec ces mobiliers ferroviaires- bien trouvé, "mobiliers ferroviaires" je trouve, devrais le déposer à l’inpi si ce n’est déjà fait) (comme machin l’a fait pour son bleu) (je prépare la venue de l’inspecteur de l’union de recouvrement, c’est pas de la tarte) (dlamerde)

  • (venir me contrôler tu parles d’un comique) (j’ai vu qu’au panthéon, ils avaient enterré là aussi le femme à marcellin berthellot - le chimiste- à cause qu’il avait dit qu’il lui survivrait pas, elle est morte, il l’a suivie immédiatement ou presque) (c’est une belle histoire) (paraît que quand tonton a fait sa visite (il s’y voyait déjà, sans doute) en mai 81, y’avait un assistant derrière les poteaux pour lui tendre une rose à chaque fois qu’il en déposait une sur les cercueils) (marcellin, c’était le nom du type de l’intérieur qu’on huait dans les années 70 : aujourd’hui, y se prénomme manuel, il paraît, et on le hue toujours : on va aller voter après ça, bonjour la daube) (ce type là c’est une honte) (au droit de la rue du faubourg, on voit le blanc gagner du terrain sur le rouge et le bleu qui fait là je ne sais pas quoi)

  • (je fatigue, le métro a quand parcouru deux boucles) (là on voit le bout noir de l’immeuble) (y’a des gens qui vont vivre là-dedans imagine toi) (j’aime les reflets sur les fenêtres riquiqui à la con qu’ils ont mises là) (j’ai mis nina simone pour me soutenir) (ce qui me fait monter les larmes aux yeux, c’est quand j’entends la difficulté à vivre des gens qu’on veut foutre dehors, et je me souviens des millions d’oeufs jetés à la rue cet été) (et je me souviens de la guerre que je n’ai pas connue mais qui bouge encore, cette garce) (y’a aussi les inscriptions sur les montants du métro, c’est beau comme de l’antique)

  • et voilà le chantier qui s’en va doucement vers l’oubli (c’est de brassens, ça, partir doucement vers l’oubli)(c’est joli en même temps, alors que le chantier c’est une horreur)(y’a un type - ou une fille va savoir- qui a flanqué là un "tarte" qui s’adapte parfaitement avec l’immeuble) (ça ferait presque un billet de blog cette affaire-là) (j’ai des choses à faire, Venise, la campagne, le soleil, la vie et la joie plutôt que cette effervescence urbaine et moche) (on arrive à stal, je continue jusqu’à Rome) (c’est une de mes villes préférées, pas pour ceux qui y vivent remarque)