journal | Louis Hémon au courrier postal


Il y a deux raisons pour laisser lambiner cette rubrique journal : soit il ne se passe rien, on est des jours ici devant l’écran et le monde au dehors un peu terne, soit il se passe une sorte de ramassement de ce qui change, aller vers le dehors, s’approprier nouveaux lieux nouvelles règles, évidemment là c’était le deuxième cas. Et ce n’est pas parce qu’on fait beaucoup d’exercices photos qu’on échappe au banal. Du coup aujourd’hui vissé à nouveau à l’activité (ce n’était pas forcément ça toutes ces semaines, même dans le temps vide). Les choses comptables et administratives me pèsent de plus en plus, je voudrais construire que ça se tienne à distance, mais pas trop le choix. Ça use comme un frottement mécanique. Caler un voyage en Suisse (fac Neuchâtel et jury prix Walser), en laisser tomber un autre. Ménager les escapades d’auteur, quand j’en reprendrai la casquette, en dehors du contrat passé avec l’école et les étudiants : et quel luxe un lieu (je pense aux copains dans l’éduc nat) qui vous dit que votre activité d’artiste fait partie de ce pour quoi on vous emploie. S’apercevoir qu’en octobre 2012 j’avais promis à la médiathèque de Saint-Brieuc une soirée le 25 octobre 2013, plus de nouvelles depuis lors, je croyais que c’était tombé à l’eau (tellement de choses qui tombent à l’eau, dans le domaine professionnel, qu’on en vient à considérer ça comme normal), et le 25 octobre c’est à Chicago la rencontre – merci à eux, on a pu déplacer à début décembre. Gentillesse de ceux de Montpellier de déplacer au vendredi-samedi ce qui était prévu au jeudi-vendredi les 29-30 novembre, et Pierre-Marie Héron me demande un titre pour mon intervention sur web et écriture (je n’en peux plus, d’avoir à définir à l’avance ce qu’on dira et pensera à tel moment), je réponds : le web comme doute pratique, il me répond aussi sec que c’est noté. On échange aussi avec Derek de la Johns Hopkins sur la journée à Baltimore, j’apprends que le musée Poe est fermé, mais qu’à la place si je le souhaite on peut aller voir le musée des locomotives. Un échange téléphonique avec Hachette, enfin compris ce qui ne collait pas dans nos métadonnées auteur et notices, rattrapage intensif d’une bonne heure. Et puis un courrier auquel je n’avais pas répondu, parce que c’était arrivé par la Poste et que je ne fais pas trop attention au courrier postal, il s’entasse, je trie par réflexe ce qui concerne factures ou autres joyeusetés et c’est tout. Une invitation à parler à Illiers-Combray, dans la maison de Proust, pour une confrontation Proust / Grand Meaulnes. J’ai quand même pu répondre par mail, mais avec 3 semaines de retard. Juste, je n’avais pas vu la fin de la présentation du colloque (on y apprend que le fonds des manuscrits du Meaulnes va être déposé à la médiathèque de Bourges) – je cite : 1913 est d’ailleurs aussi l’année de l’écriture de Maria Chapdelaine, celle de la mort de son auteur, Louis Hémon. Il serait intéressant d’en parler. Ça ne s’adressait pas à moi spécialement, mais c’est là-dessus que j’ai répondu à Mireille Naturel, de la Société des Amis de Proust (au fait, j’ai même réussi à déchiffrer le petit mot manuscrit de Jean-Yves Tadié, posté aux frais de Gallimard, aussi par courrier postal) : moi j’en parlerais bien, de Louis Hémon, cette fin novembre, et de Peribonka dans la maison de tante Léonie. Drôle de journée, ça fait quand même un petit coin de journal.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 septembre 2013
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Messages

  • prise d’une entrée toujours fermée, dans le 6 (la petite pancarte genre ferraille et céramique blanche en bas à gauche de la porte d’entrée fermée indique "essuyez vos pieds SVP" faut quand même rappeler les choses aux bourgeois) (paraît que paris se "gentrifie" tu le crois toi ?) (les prix des appartements quatre ou cinq cents mois de salaire d’un smicard, tu peux toujours essayer de t’accrocher en même temps) (c’est beau comme de l’antique pas vrai ? la joliesse du dessin des marbres au sol, en combinaison colorée avec le ton des portes, la porte du concierge (y’a un concierge, là) dont les vitres sont comblées de tulle (doit être portugais ou quelque chose) l’éclairage et l’épaisseur du paillasson, enfin tout y est) (le truc qui brille, droite cadre au presque milieu, c’est la poignée de la porte astiquée par le portugais deux ou trois fois la semaine)

  • en repartant du café pris avec l’Employée aux écritures (on peut aller voir son blog) (mais si je mets deux liens d’un coup, le spip ne sait plus exactement et fait la gueule), au coin de la rue, les travaux de réfection de la coupole du dôme du Panthéon (aux grands hommes la patrie reconnaissante) (tu crois pas qu’il y aurait des femmes au panthéon, non mais quoi encore, y’en a déjà deux à l’académie ça va comme ça) (tu vas me dire qu’il y a Marie Curie, bon d’accord mais c’est quand même la seule : après ça, tu comprendras que la patrie reconnaît les hommes mais pas les femmes - comme quoi la patrie est vache quand même, vu qu’on est tous né d ’une femme - c’est con la patrie, non ? ) (d’un autre côté, s’il n’y avait plus de patrie, il n’y aurait plus de guerre non plus, et ça ferait de la peine à l’humanité toute entière reconnaissante à ses grands hommes) (je m’égare) (c’est le monument qui fait ça) (peut-être la raison pour laquelle le premier des diplomates de cette patrie donc vit -ou a vécu : doit avoir un appart sympa vers le quai d’Orsay je présume-sur cette place)

  • toujours se souvenir de la proposition Breton : scier le Panthéon en deux et éloigner les 2 parties de 50 cm

  • Contente d’avoir revu la seule homonyme que tu te connaisses - et qu’il se trouve que tu apprécies beaucoup, ce qui fait que c’est réconfortant -, tu accompagnes une autre amie qui cherche un peu de papeterie. Comme nous passions devant, c’est dans un grand magasin que nous tentons notre chance. Hélas les grands magasins parisiens se préoccupent de moins en moins du tout-venant de tous les jours (1). Notre passage n’aura servi qu’à faire sonner l’alarme (2), me revivifier le chagrin d’avoir touché un livre qu’il n’aurait pas fallu (3), et voir cet étrange équipage de marchandises prêtes à être vendues mais pas encore tout à fait, alors on les protège (des intempéries ? des convoitises ?)

    (1) Comme il est loin le temps de ce documentaire avec Simone (Signoret) dans lequel on voyait au Printemps ou autres Galeries des femmes acheter une serpillère, des produits d’entretien.

    (2) Dans mes périodes de fatigue et de sorte de tristesse nerveuse, je fais sonner, c’est fréquent.

    (3) J’écrirai un billet sur « Traces », un jour : comment un geste machinal, anodin peut faire soudain comprendre quelque chose qui bouleverse.