2007.09.12 | décès par balles à Bobigny


C’était une dépêche d’agence, ce matin, en survolant le Net : décès par balles à la cité Karl-Marx de Bobigny. Ce sont les lieux de mon livre Décor ciment, et les images s’ancrent durablement dans le crâne : cet après-midi, je rouvre cette séquence en mars dernier, il pleuvait. J’en avais insérées quelques-unes ici.

Je ne photographiais pas les gens. D’ailleurs, Fabrice Cazeneuve, qui filmait les balcons pour un plan d’appui de notre documentaire coiffeuses, avait reçu un oeuf lancé de là-haut. Le gardien était venu me dire qu’il y en avait marre, ici, de ceux qui ne photographiaient que ce qu’ils voulaient démontrer d’avance.

Je lui avais dit que j’avais vécu ici, en montrant le 14ème étage de la tour ouest, et qu’il n’y avait pas eu d’année depuis 1988 que je n’aie été en contact avec la bibliothèque, les collèges ou la mairie, en citant des noms. Et que ces changements, d’année en année, je me considérais légitimement leur scribe.

Ensuite, on avait discuté aussi avec des gosses, et la pluie avait recommencé.

Photographies qu’on fait pour soi, parce que la géométrie interroge la présence à soi du monde. Urbanisme en fausse piste, étage piéton, étage parking, accès en chicane pour tenir en respect, des quatre cités jumelles, la préfecture qu’elles encerclent, héritage de la Résistance pas forcément en harmonie avec le visage de la ville d’aujourd’hui : il y avait en 1988 une Association des Bretons de Karl-Marx, le gardien m’a assuré que la personne qui l’avait fondée vivait encore là, même si l’association avait disparu.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 septembre 2007
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